28.10.2003 - TPIR/NDINDABAHIZI - L’EX-MINISTRE AURAIT TENTE D’ARRETER LES AUTEURS DE MASSACRES

Arusha 28 octobre 2003 (FH) – l'ancien ministre rwandais des finances, Emmanuel Ndindabahizi, poursuivi pour génocide et crimes contre l’humanité devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) aurait tenté d’arrêter les auteurs de massacres en 1994, selon trois des quatre témoins à décharge entendus mardi.

l'ex-ministre, 53 ans, répond de trois chefs D'accusation de génocide et de crimes contre l'humanité portant sur des massacres de Tutsis dans sa province natale de Kibuye (ouest du Rwanda).

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Selon ces témoins, l’accusé aurait demandé à des gens de la cellule Agasharu (commune Gitesi) de lui désigner les tueurs pour qu’ils soient arrêtés. Ils ont situé le passage de l’ex- ministre en juin 1994.

Dénommé DL pour préserver son anonymat, le premier témoin est un hutu que l’ ex- ministre aurait appréhendé, le soupçonnant d’avoir pris part aux massacres.

« Il m’a emmené au cachot communal mais j’ai été relâché le lendemain quand il a constaté que j’étais innocent», a rapporté DL. Il a indiqué que Ndindabahizi n’a pas pu mettre la main sur Augustin Turikunkiko alias Gatete que la population locale venait de lui désigner comme un tueur zélé.

« Gatete s’est enfui », a expliqué le témoin estimant que « s’il était resté sur place, Ndindabahizi l’aurait arrêté ».

L’ex-ministre « défendait toute la population ; c’était comme un père pour tout le monde », a soutenu DL. Le témoin a ajouté que des proches de Ndindabahizi, parmi lesquels son cousin tutsi Karegeya, avaient été tués.

En contre-interrogeant DL, le substitut tanzanien du procureur, Wallace Kapaya a produit une déclaration du témoin devant la police judiciaire rwandaise en 1998.

Dans le document, le témoin affirme ignorer qui a tué le cousin de l’ex- ministre alors que dans sa déposition, il désigne le responsable du meurtre : un nommé Bapfakurera.

« Après enquêtes, je sais aujourd’hui qui l’a tué », a expliqué DL.

Le deuxième témoin, DU, est une femme tutsie mariée à un Hutu. Elle a déclaré que le passage de l’accusé avait ramené le calme dans la cellule.

« Mon mari est venu me trouver dans ma cachette et m’a dit que Ndindabahizi avait ordonné de ne plus tuer les Tutsis », a-t-elle raconté soulignant que « les Tutsis n’ont plus été pourchassés à partir de ce jour-là».

DV, un jeune Hutu, a affirmé, de son côté, avoir lu « une profonde tristesse » sur le visage de Ndindabahizi lorsque ce dernier demandait à la population de dénoncer les meurtriers. « C’est le même sang qui coule dans les veines de tout un chacun », aurait rappelé l’accusé à cette occasion.

Selon le quatrième témoin du jour, DB, les gens de Kibuye ne citent pas Ndindabahizi parmi les responsables du génocide à Kibuye. Il a néanmoins reconnu qu’il ne connaissait pas l’ancien ministre.

DB est le huitième témoin appelé à la barre depuis le début lundi de la présentation des moyens de preuve à décharge. La défense doit encore en citer douze parmi lesquels un expert et, en dernier lieu, l’accusé lui-même.

Les débats ont été ajournés à jeudi après-midi pour donner à la défense le temps de préparer cinq autres témoins qui attendent de comparaître.

La défense d’Emmanuel Ndindabahizi est assurée par deux avocats français : Me Pascal Besnier et Me Guillaume Marçais.

Du coté de l’accusation, Wallace Kapaya mène le dossier avec le Nigérian Charles Adeogun- Phillips.

Les débats se déroulent devant la première chambre de première instance du TPIR, dirigée par le juge norvégien Erik Mose, également président du tribunal. Il est assisté de l’Ougandaise Salomy Balongi Bossa et de la Pakistanaise Khalida Rachid Khan.

ER/CE/GF/FH (NB’10 28’A)