24.09.2003 - TPIR/NDINDABAHIZI - L’AMERICAINE ALISON DES FORGES TEMOIGNE CONTRE NDINDABAHIZI

Arusha, le 24 septembre 2003 (FH) – L’historienne américaine Alison Des Forges a déposé mercredi en tant qu’expert de l’accusation dans le procès de l’ancien ministre des finances sous le gouvernement intérimaire, Emmanuel Ndindabahizi, en jugement devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Emmanuel Ndindabahizi, 53 ans, répond de trois chefs D'accusation de génocide et de crimes contre l'humanité portant sur des massacres de Tutsis dans sa province natale de Kibuye (ouest du Rwanda).

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Quatorzième témoin de l’accusation, Mme Des Forges est aussi connue pour son activisme en matière de droits de l’homme.

Elle a déclaré que l’accusé avait participé, le 3 mai 1994 à Kibuye, aux côtés du Premier ministre Jean Kambanda et d’autres membres du gouvernement, à une réunion publique d’incitation aux massacres de Tutsis.

« Le FPR a toujours eu l’intention de reprendre la guerre, des documents saisis sur ses sympathisants le prouvent », aurait affirmé l’accusé.

Ndindabahizi a argué que le FPR voulait « l’exclusivité du pouvoir » et assuré que « aucun dirigeant rwandais ne sera plus dupe », a allégué l’experte citant un procès-verbal de la réunion.

« N’ayez point honte, même d’autres partis partagent nos idées », aurait ajouté l’ex- ministre.

Le procureur soutient, entre autres, qu’en sa qualité de dirigeant du Parti social- démocrate (PSD) au niveau de la préfecture de Kibuye, Emmanuel Ndindabahizi jouissait d’une grande influence dans cette région.

Selon Des Forges, l’accusé, voulait, par ces propos, convaincre les partisans du PSD de se joindre aux massacres de Tutsis. «C’était une façon de dire à ses auditeurs qu’ils étaient entourés d’ennemis et qu’ils devaient agir pour ne pas être exterminés», a-t-elle interprété.

La défense a mis en cause l’authenticité du procès- verbal en question et a suggéré à la chambre d’auditionner les enregistrements audio à partir desquels le document aurait été rédigé. « Ces cassettes existent », a assuré le conseil principal d’Emmanuel Ndindabahizi, le Français Me Pascal Besnier.

La chambre a jugé le procès-verbal « non – pertinent à ce stade » et promis de rendre sa décision après avoir pris connaissance du contenu des deux cassettes.

La défense a par ailleurs fait remarquer que l’acte d’accusation tel qu’ amendé le 30 juin dernier ne reproche rien à Ndindabahizi en tant que membre du gouvernement.

« A aucun paragraphe, ne figure sa participation à la réunion du 3 mai 1994 », a indiqué Me Besnier qualifiant de « superflue » la déposition de Mme Des Forges « au regard des allégations portées contre Ndindabahizi ».

Il ne lui a posé qu’une question en guise de contre-interrogatoire : combien de fois il est fait mention du nom de l’accusé dans l’ouvrage « Aucun témoin ne doit survivre », dont l’experte est l’un des auteurs.

Mme Deforges a répondu qu’il n’est pas surprenant que ce nom soit cité « en rôle relativement mineur parce que le livre met l’accent sur la préfecture de Butare (sud du pays) ».

Cet ouvrage collectif est considéré comme une références sur le génocide des Tutsis et les massacres d’opposants Hutus qui ont fait un million de morts, selon Kigali.

Alison Des Forges a déjà témoigné comme expert de l’accusation dans d’autres procès terminés ou en cours devant le TPIR.

Les débats ont été ajournés à lundi en attendant les deux derniers témoins à charge.

La défense a, pour sa part, annoncé qu’elle comptait citer tous ses témoins dans un délai de 3 semaines à compter de la clôture des moyens de preuve du procureur.

Emmanuel Ndindabahizi comparaît devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par le juge norvégien Erik Mose, assisté de la Pakistanaise Khalida Rachid Khan et de l'Ougandaise Solomy Balungi Bossa.

ER/CE/GF/FH (NB'0924A)