16.09.2003 - TPIR/NDINDABAHIZI - l'EX- MINISTRE AURAIT DONNE LE COUP D’ENVOI D’UN MASSACRE DE TUTSIS

Arusha, le 16 septembre 2003 (FH) - Un témoin de l'accusation entendu mardi par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a allégué que l'ex-ministre des finances sous le gouvernement intérimaire, Emmanuel Ndindabahizi, aurait donné le coup d’envoi d’un massacre en lançant lui-même une grenade sur des réfugiés tutsis.

Emmanuel Ndindabahizi, 53 ans, répond de trois chefs D'accusation de génocide et de crimes contre l'humanité portant sur des massacres de Tutsis dans sa province natale de Kibuye (ouest du Rwanda).

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Il plaide non coupable.

Dénommé CGV pour préserver son anonymat, le onzième témoin à charge est un rescapé du génocide à Kibuye.

« Ndindabahizi a lancé une grenade en notre direction. (…) Les Interahamwe et les militaires ont alors suivi son exemple en ouvrant le feu sur nous et en nous pourchassant », a relaté CGY.

Situant les faits un après-midi autour du 15 avril 1994, le témoin a souligné que l’ancien ministre portait deux autres grenades à la ceinture.

CGV s’était retranché avec d’autres milliers de Tutsis sur la colline de Gitwa (commune de Gitesi), selon sa déposition.

Après avoir donné le coup d’envoi de ce massacre, Ndindabahizi serait reparti en voiture portant toujours les deux grenades à la ceinture.

Le témoin a affirmé que « la chasse aux Tutsis » s’est poursuivie jusque dans la soirée. « Les rares survivants de Gitwa se sont alors réfugiés à Muyira sur les collines de Bisesero », selon le témoin. Les collines de Bisesero sont l’un des plus grands sites de massacres au Rwanda.

Contradictions entre les deux dépositions ?
En menant le contre-interrogatoire du témoin, l’avocat français d’Emmanuel Ndindabahizi, Me Pascal Besnier, a d’abord relevé des contradictions entre la première et la deuxième déclaration du témoin devant les enquêteurs du TPIR.

Le premier texte a été recueilli le 26 avril 2001 et le deuxième le 4 juin 2001.

« Le 4 juin 2001, vous avez dit aux enquêteurs que Ndindabahizi avait distribué des machettes et lancé une grenade, alors que ces deux éléments ne figurent pas dans votre première déclaration », a fait remarquer Me Besnier au témoin CGV.

Le représentant du procureur, le Tanzanien Wallace Kapaya a objecté que « la première déclaration indique clairement que Ndindabahizi avait une grenade à la main ». « Avoir une grenade à la main et lancer une grenade sont deux choses différentes », a rétorqué la défense.

Le président de la chambre, le Norvégien Erik Mose est alors intervenu pour demander au témoin la raison de « ces deux versions du même fait ». CGV a répondu qu’il ne voyait pas de contradiction dans ses deux déclarations.

Me Besnier a par ailleurs relevé que son client n’a pas été mis en cause dans les différents témoignages de CGV devant la justice rwandaise. «Aurais-je pu témoigner contre quelqu’un que je ne voyais pas ? », a riposté le témoin.

Mardi en fin d’après- midi, le douzième témoin, une rescapée du génocide, a été appelée à la barre.

Emmanuel Ndindabahizi comparaît devant la première chambre de première instance du TPIR qui comprend, outre le Norvégien Erik Mose, la Pakistanaise Khalida Rachid Khan et l'Ougandaise Solomy Balungi Bossa.

ER/CE/GF/FH (NB'0916A)