09.09.2003 - TPIR/NDINDABAHIZI - LA DEFENSE DE NDINDABAHIZI CONTESTE LA CREDIBILITE D’UN TEMOIN

Arusha, le 9 septembre 2003 (FH) – La défense de l'ancien ministre des finances, Emmanuel Ndindabahizi, poursuivi pour génocide et crimes contre l’humanité devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a mis en doute mardi la crédibilité du sixième témoin à charge dans cette affaire.

Emmanuel Ndindabahizi, 53 ans, répond de trois chefs d’accusation de génocide et crimes contre l’humanité portant sur des massacres de Tutsis dans sa province natale de Kibuye.

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Dénommé CGY pour des raisons de sécurité, le témoin est un survivant du génocide.

Il a antérieurement déposé dans le procès de l’ancien directeur de l’usine à thé de Gisovu, Alfred Musema, condamné définitivement à la prison à vie le 16 novembre 2001 par le TPIR.

La défense a d’abord relevé une contradiction entre la déposition du témoin dans cette affaire terminée et son témoignage entendu depuis lundi dans le procès de Ndindabahizi.

En témoignant contre l’ancien ministre, CGY a affirmé que les Tutsis qui s’étaient réfugiés sur la colline de Gitwa (commune Gitesi) avaient subi des attaques les 24 et 25 avril 1994.

« Or, dans l’affaire Musema, vous avez indiqué très clairement qu’il n’ y a pas eu d’attaque sur Gitwa entre le 18 et 26 avril (1994) », s’est étonné l’avocat principal de Ndindabahizi, le Français Pascal Besnier qui contre-interrogeait le témoin.

« Mes propos (dans le procès de Musema) doivent avoir été mal reproduits », a répondu CGY.

Selon la déposition du témoin, Emmanuel Ndindabahizi aurait distribué des machettes neuves à des Hutus le 23 avril 1994 à Gitwa avant de les envoyer tuer les Tutsis. La conséquence en serait ces attaques que le témoin situe aux dates des 24
et 25 avril 1994.

« Ne trouvez- vous pas étrange qu’un ministre distribue des machettes à des gens qui en possèdent déjà au lieu de leur donner des armes à feu? », a renchéri l’avocat.

Tout en concédant que les villageois rwandais disposent en général de machettes, le témoin a laissé entendre « qu’il est possible qu’il (l’accusé) ait aussi distribué des fusils».

« En effet, des civils ont été vus par la suite portant des armes », a-t-il expliqué.

Me Besnier a par ailleurs relevé que dans l’affaire Musema, le témoin n’a pas fait mention de Ndindabahizi.

« Vous l’accusez pourtant d’avoir joué un grand rôle dans le génocide à Kibuye ? », a demandé l’avocat français.

« A l’époque, on me posait des questions sur la responsabilité de Musema, aujourd’hui, je suis interrogé sur la responsabilité de Ndindabahizi », a rétorqué CGY.

Mardi en fin d’après-midi, l’accusation a cité son septième témoin,entendu à huis clos.

Le procès Ndindabahizi se déroule devant la chambre Une, présidée par le juge norvégien Erik Mose, assisté de la Pakistanaise Khalida Rachid Khan et de l'Ougandaise Solomy Balungi Bossa.

ER/CE/GF/FH (NB'0909A)