18.08.2003 - TPIR/MEDIAS - LE PROCUREUR A ENTAME SON REQUISITOIRE DANS LE PROCES DES MEDIAS

Arusha, le 18 août 2003 (FH) - Le procureur a entamé son réquisitoire dans le procès de trois Rwandais poursuivis pour utilisation des médias à des fins de génocide, lundi matin devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Considéré comme l'un des plus importants dont le TPIR est saisi, le procès "des médias de la haine" concerne deux présumés hauts responsables de la Radio-télévision libre des Mille collines (RTLM), Ferdinand Nahimana et Jean-Bosco Barayagwiza, ainsi que l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze.

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En entamant son réquisitoire, le substitut américain du procureur Stephen Rapp a déclaré que pendant le génocide anti-tutsi en 1994, " il y a eu une synergie entre les militaires, les milices, les autorités locales qui dirigeaient les tueries sur le terrain et qui ont bénéficié de nouvelles recrues à travers la campagne médiatique".

Stephen Rapp a affirmé que la radio a eu un impact considérable dans l'incitation au génocide.

"C'était la RTLM qui guidait l'activité des gens ordinaires pendant le génocide", a allégué le représentant du parquet, ajoutant à quel point étaient frappantes l'intensité des tueries, la rapidité avec laquelle elles ont été exécutées, le nombre élevé de participants aux massacres ainsi que celui des victimes.

Un million de Tutsis et D'opposants hutus ont été massacrés en trois mois, selon un décompte du gouvernement rwandais.

Stephen Rapp a déclaré que Ferdinand Nahimana et Jean-Bosco Barayagwiza contrôlaient la RTLM et son personnel. Les accusés le nient.

"Ils ont dirigé cette radio à distance mais de manière effective", a estimé Stephen Rapp.

S'agissant de Hassan Ngeze, le représentant du parquet lui a notamment reproché la publication des "dix commandements des Hutus" par Kangura en décembre 1990 . Selon le procureur, les dits commandements "décrivent lesTutsis comme oppresseurs et des personnes cherchant à éliminer les Hutus".

D'après le procureur, les auteurs des massacres se présentent souvent comme des victimes pour entraîner les autres personnes dans le crime.

Le procureur a deux jours pour présenter son réquisitoire, avant de céder la place à la défense.

Le procès se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sud-africaine Navanethem Pillay, et comprenant en outre les juges norvégien Erik Mose et sri-lankais Asoka de Zoysa.

Lundi matin, le juge Gunawardana était indisponible pour des raisons de santé. Les avocats avaient demandé l'ajournement des débats jusqu'à son retour mais leur requête a été rejetée.

Le procès a commencé le 23 octobre 2000. Jean-Bosco Barayagwiza l'a toujours boycotté, alléguant que le TPIR est manipulé par le gouvernement rwandais.

Ferdinand Nahimana et Jean-Bosco Barayayagwiza ont été arrêtés au Cameroun le 26 mars 1996, Hassan Ngeze au Kenya le 18 juillet 1997.

AT/GF/FH/(ME'0818A)