08.05.2003 - TPIR/MEDIA - UN EXPERT DE LA DEFENSE ESTIME QUE KANGURA N'A PAS INCITE AU GENOCIDE

Arusha, le 8 mai 2003 (FH) - Un expert cité par la défense a estimé que la revue Kangura n'a pas joué de rôle dans l'incitation au génocide contre les Tutsis en 1994, jeudi dans le procès des "médias de la haine" en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

"J'ai des doutes, mais je ne peux pas m'étendre là-dessus parce que cela fait partie du procès", a déclaré le politologue allemand Helmut Strizek au quatrième jour de sa déposition dans l'intérêt du professeur Ferdinand Nahimana, un des trois accusés dans ce procès.

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Promoteur allégué de la Radio-télévision libre des Milles collines (RTLM), Ferdinand Nahinana est coaccusé avec un membre du comité D'initiative de cette radio, Jean-Bosco Barayagwiza, ainsi que l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze. Ils sont principalement poursuivis pour utilisation de leurs médias respectifs à des fins de génocide. Ils plaident non coupables.

Helmut Strizek était interrogé par un des avocats de Ngeze, le Canadien René Martel. Me Martel a demandé à l'expert Strizek si "un petit journal comme Kangura" pouvait s'ajouter à une dizaine de facteurs qui, selon lui, ont déclenché le génocide. Il a alors émis des doutes.

Dans un rapport D'expertise mis en preuve par la défense de Nahimana, le Dr Strizek indique que parmi les éléments à l'origine du génocide au Rwanda figuraient la guerre déclenchée par le Front patriotique rwandais (FPR) en octobre 1990, l'ouverture démocratique tardive dans le pays, le comportement des partis D'opposition, la situation économique désastreuse, la radicalisation de la vie politique, la stratégie guerrière du FPR soutenue par de grands pays et l'attentat meurtrier contre l'avion de l'ex-président Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994.

La thèse de la défense de Ngeze est que le bimensuel Kangura, avec un tirage qui ne dépassait guère les deux mille exemplaires, ne pouvait qu'avoir un impact limité sur la population rwandaise par ailleurs en grande partie analphabète.

Le procureur allègue que la revue Kangura a été utilisée pour diffuser l'idéologie hutue extrémiste, au détriment des Tutsis.

Le Dr Strizek a fait des études de sciences politiques en Allemagne et en France et a fait des recherches sur le Rwanda et le Burundi. Le procureur a suggéré que la déposition du Dr Strizek est "baisée". Il a clôturé son témoignage jeudi soir.

Le procès des médias se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sud-africaine Navanethem Pillay et composée de juges norvégien Erik Mose et sri-lankais Asoka de Zoysa Gunawardana. Le procès se poursuit vendredi.

AT/CE/GF/FH(ME'0508B)