06.05.2003 - TPIR/MEDIAS - HABYARIMANA N'A PAS PLANIFIE LE GENOCIDE, SELON UN EXPERT DE LA DEFENSE

Arusha, le 6 mai 2003 (FH) - l'ancien président rwandais, Juvénal Habyarimana, n'a pas planifié le génocide anti-tutsi de 1994, a affirmé un expert de la défense, mardi dans le procès des "médias de la haine" en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

"D'après ce que je sais, il n'a jamais fait un pas pour préparer le génocide", a déclaré le politologue allemand, Helmut Strizek, qui témoigne depuis lundi pour la défense du professeur Ferdinand Nahimana, un des trois accusés dans ce procès.

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Promoteur allégué de la Radio-télévision libre des Mille collines (RTLM), qui a incité au génocide anti-tutsi et aux massacres D'opposants qui ont fait un million de morts entre avril et juin 1994, Ferdinand Nahimana est coaccusé avec l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze, ainsi qu'avec l'ex-conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité D'initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza.

Le génocide anti-tutsi a suivi l'attentat meurtrier contre l'avion du président Habyarimana, le 6 avril 1994 à l'aéroport de Kigali.

Le Dr Strizek a indiqué que "l'on ne peut pas comparer le comportement de Habyarimana qui a sauvé des Tutsis en 1973 avec la position D'Adolf Hitler" vis-à vis des Juifs avant et pendant la seconde guerre mondiale.

"Personnellement je ne partage pas la thèse de la planification du génocide par le régime Habyarimana", a-t-il souligné.

La représentante américaine du parquet, Simone Monasebian, a suggéré à l'expert: "Vous percevez le régime Habyarimana à travers des lunettes roses et vous attribuez les maux du Rwanda, passés et peut-être à venir, au FPR [Front patriotique rwandais, ancien mouvement rebelle à dominante tutsie actuellement au pouvoir à Kigali]".

Le témoin a répondu qu'il n'était pas "à cent pour cent admirateur de Habyarimana".

Le Dr Strizek a travaillé au Rwanda entre 1980 et 1983 en tant conseiller économique auprès de la délégation de l'ancienne Communauté économique européenne (CEE). Plus tard, il a dirigé le desk Rwanda au ministère allemand de la coopération. En 1992, il a rédigé une thèse de doctorat en sciences politiques sur le Rwanda et le Burundi.

Lors de son témoignage, le Dr Strizek a déclaré que Habyarimana a traîné les pieds quand le vent de démocratie a soufflé sur l'Afrique après le sommet de la Baule (France) en 1990, mais qu'il serait faux de l'accuser D'avoir planifié un génocide.

Le Dr Strizek a reconnu qu'à la suite de l'attaque du FPR en octobre 1990, des milliers de Tutsis ont été emprisonnés mais il a ajouté que "ce n'est pas pour des motifs racistes que Habyarimana a agi ainsi, même si cet événement a donné naissance à des tendances racistes dans le pays".

Le Dr Strizek a expliqué que "dans des situations pareilles, les Etats ont toujours peur de la cinquième colonne. On avait peur qu'il y ait des Tutsis qui pourraient soutenir l'ennemi".

Le procès des médias se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sud-africaine Navanethem Pillay et comprenant en outre les juges norvégien Erik Mose et sri-lankais Asoka de Zoysa Gunawardana. La déposition du Dr Strizek se poursuit mercredi.

AT/CE/GF/FH (ME'0506A)