27.03.2003 - TPIR/MEDIAS - NGEZE NIE AVOIR ETE QUELQU'UN D'IMPORTANT

Arusha, le 27 mars 2003 (FH) - Hassan Ngeze, un des trois accusés dans le procès "des médias de la haine", a nié avoir été quelqu'un D'important au Rwanda, lors de son témoignage, jeudi, devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

"Je n'étais rien.

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Le procureur me présente comme un homme immense, quelqu'un qui était proche du gouvernement et des milliardaires", a déclaré Hassan Ngeze, au troisième jour de sa déposition pour sa propre défense.

Ancien directeur et rédacteur en chef de la revue taxée D'extrémisme anti-tutsi Kangura, Hassan Ngeze a affirmé que parfois il lui arrivait de manquer l'argent pour payer l'imprimerie. "Personne. Aucun représentant du gouvernement ne m'a aidé. En revanche, ils m'ont mis en prison", a-t-il dit.

Se définissant à plusieurs reprises comme "un enfant de la rue", Hassan Ngeze a affirmé qu'il a été détenu vingt fois entre 1980 et 1994, et placé en garde à vue à trente-cinq reprises au cours de la même période."La prison au Rwanda, c'était ma deuxième maison", a-t-il déclaré.

Hassan Ngeze a expliqué qu'il a créé Kangura après un différend avec Valens Kajejugukwa, un homme D'affaires tutsi qui finançait le journal auquel il collaborait jusque-là, Kanguka. Il aurait rompu avec Kajejugukwa lorsque celui-ci lui a proposé D'adhérer au Front patriotique rwandais (FPR), qui, à l'époque, était sur le point D'attaquer le Rwanda à partir de l'Ouganda voisin. "Je lui ai dit que je ne pouvais pas contribuer à la destruction de mon pays en adhérant au FPR", a expliqué Ngeze.

Au cours de la journée, l'accusé a soumis en preuve plusieurs livres D'histoire du Rwanda, déclarant que "ces livres vont montrer à la chambre que Ngeze n'avait aucun rôle à jouer entre les Hutus et les Tutsis, si ce n'est être un journaliste indépendant dans un pays en proie à une guerre ethnique".

Hassan Ngeze est poursuivi notamment pour incitation directe et publique à commettre le génocide. Il rejette ces allégations.

"Vous avez arrêté la mauvaise personne"
Hassan Ngeze a plaidé qu'entre avril et juillet 1994, il n'a rien publié, laissant entendre qu'il ne pouvait être accusé D'une quelconque infraction par voie de presse. l'accusé a affirmé que durant cette période, il avait par contre essayé de sauver des gens menacés.

"En ce qui me concerne, je n'ai pas tué. J'ai sauvé des vies humaines. Et je l'ai fait au risque de ma vie. Je ne veux pas recevoir les félicitations du Tribunal, mais mon souci est de dire la vérité", a déclaré Ngeze. Plusieurs témoins à décharge ont signalé que Ngeze avait aidé des Tutsis persécutés à se réfugier dans l'ex-Zaïre.

l'ancien journaliste estime de ce fait qu'il a été accusé injustement."J'ai dit au procureur que vous avez arrêté la mauvaise personne. J'aurais dû en effet être appelé comme témoin", a plaidé l'accusé.

Hassan Ngeze est coaccusé avec deux responsables présumés de la Radio-télévision libre des Mille collines (RTLM), Ferdinand Nahimana et Jean-Bosco Barayagwiza. Hassan Ngeze a nié toute entente avec ses coaccusés.

Le procès se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sud-africaine Navanethem Pillay et comprenant en outre les juges norvégien Erik Mose et sri-lankais Asoka de Zoysa Gunawardana. Le témoignage de Ngeze se poursuit vendredi.

AT/CE/GF/FH (ME'0327A)