11.03.2003 - TPIR/CYANGUGU - BAGAMBIKI AURAIT SAUVE DES TUTSIS REFUGIES DANS UNE ECOLE

Arusha, le 11 mars 2003 (FH) - l'ex-préfet de Cyangugu (sud-ouest du Rwanda), Emmanuel Bagambiki, a sauvé des Tutsis réfugiés dans une école en avril 1994, a affirmé un témoin de la défense, mardi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Selon le dix-neuvième témoin de la défense de Bagambiki, l'ancien préfet est intervenu à trois reprises pour secourir 4 500 Tutsis menacés par des assaillants.

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Le témoin était responsable de l'école qui abritait ces réfugiés. Les faits se sont déroulés entre le 11 et le 20 avril 1994, a déclaré le témoin.

Evoquant l'une des attaques évitées, le témoin, dénommé "FLZ" pour préserver son identité, a indiqué que l'ancien préfet avait envoyé des gendarmes qui
ont ramené le calme. "Ils ont pourchassé les assaillants. Ils ont tué l'un D'entre eux et en ont blessé un autre. Cela a calmé la situation", a rapporté le témoin.

FLZ a soutenu que l'accusé a fait tout ce qui était à son pouvoir pour sauver des vies. "Je considère que Bagambiki a tout fait pour que des vies humaines soient épargnées. Si beaucoup de gens avaient agi comme lui, la vie de nombre de mes concitoyens aurait été sauvée", a-t-il dit.

Le témoin a cependant ajouté que l'accusé n'avait pas beaucoup D'autorité. "Il a parlé avec les assaillants qui, dans un premier temps, ne voulaient pas l'écouter. Ils lui parlaient de manière insolente en lui coupant la parole". Avec l'aide de Bagambiki, les réfugiés ont néanmoins été conduits au stade Kamarampaka de Cyangugu, puis au lieu-dit Nyarushishi protégé par des soldats français de "l'opération turquoise."

Plusieurs témoins de la défense ont présenté Bagambiki comme quelqu'un de "désarmé" face à la violence généralisée.

Le témoin "JNQ", qui a suivi "FLZ", a abondé dans ce sens. Selon lui, à la veille du génocide, il y avait au Rwanda une méfiance vis-à-vis des autorités. "Ca allait jusqu'à la désobéissance civile", a-t-il souligné.

Un autre ancien préfet déjà jugé par le TPIR avait adopté une ligne de défense similaire. S'appuyant sur l'expertise D'un juriste français, le professeur Michel Guibal, l'ex-préfet de Kibuye (ouest du Rwanda), Clément Kayishema, avait plaidé que "le préfet rwandais en 1994 était un personnage coupé de sa hiérarchie et sans moyens D'action".

Un troisième témoin de la défense de Bagambiki a déposé presque entièrement à huis clos.

Emmanuel Bagambiki est co-accusé avec l'ancien ministre des transports et communications, André Ntagerura, ainsi que l'ancien commandant du camp
militaire de Karambo à Cyangugu, le lieutenant Samuel Imanishimwe. Tous plaident non coupables.

Les débats se poursuivent mercredi devant la troisième chambre présidée par le juge de Saint-Kitts et Nevis George Lloyd Williams et comprenant les juges russe Yakov Ostrovsky et slovène Pavel Dolenc.

AT/GF/FH (CY'0311A)