06.03.2003 - TPIR/BUTARE - CONTRE-INTERROGATOIRE MOUVEMENTE D'UN TEMOIN A CHARGE

Arusha, le 6 mars 2003 (FH) - Le contre-interrogatoire du vingtième témoin à charge dans le procès Butare s'est poursuivi mercredi devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, le juge-président Sekule devant intervenir à de nombreuses reprises pour diriger les débats.

Le procès du groupe Butare concerne Pauline Nyiramnasuhuko, ancienne ministre de la famille et de la promotion féminine, son fils Arsène Shalom Ntahobari, les anciens préfets de Butare Sylvain Nsabimana et Alphonse Nteziryayo, et les anciens maires Joseph Kanyabashi et Elie Ndayambaje.

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Tous sont accusés D'avoir organisé des massacres de Tutsis dans la province de Butare (sud du Rwanda) lors du génocide de 1994.

Mercredi, le juge-président tanzanien William Hussein Sekule a été contraint D'intervenir plusieurs fois et de reposer au témoin SS les questions que lui posait le conseil de Pauline Nyiramnasuhuko, la Canadienne Nicole Bergevin. Le juge Sekule a également dû recourir aux traducteurs afin de faire passer son message au témoin. A plusieurs reprises, il a déclaré : "Messieurs les traducteurs, pourriez-vous dire au témoin que la question posée est valable, qu'elle doit l'écouter attentivement et y répondre." Il a également requis du témoin des réponses brèves afin D'accélérer les débats.

Au cours de la session de Mercredi, Me Bergevin, qui procédait au contre-interrogatoire de SS, l'a mise plusieurs fois au défi D'expliquer pourquoi ce qu'elle déclarait à la cour ne figurait pas dans sa déclaration aux enquêteurs du TPIR du 20 novembre 1996.

"Madame, ai-je raison de dire que nulle part dans votre déclaration du 20 novembre 1996 ne figure le fait que Mme Nyiramasuhuko aurait ordonné à des Hutus de violer des filles et des femmes tutsies ?" a demandé Me Bergevin au témoin. “J'ai fait cette déclaration et je me rends compte que vous me faites revenir en arrière et me souvenir de ce qui s'est passé," a répondu SS.

SS avait également déclaré à la cour que, chaque fois que Nyiramasuhuko se rendait à la préfecture (de Butare), elle parlait de saleté en faisant allusion aux réfugiés tutsis. Me Bergevin l'a de nouveau confrontée à sa déclaration de 1996 sur ce sujet. Ce dernier ne mentionne qu'une référence à la "saleté" faite par Nyiramasuhuko : ”Je me souviens qu'une fois, lorsque Nyiramasuhuko s'est rendue à la préfecture, elle a dit : comment se fait-il qu'il y ait encore de la saleté ici alors qu'elle a été nettoyée dans les autres préfectures ?" a lu Me Bergevin. En guise de réponse, SS a déclaré : “Madame, ne me perturbez pas. Je ne sais pas si cela a à voir avec les traducteurs ou avec les enquêteurs, mais je me souviens de ce que J'ai déclaré.”

SS, une femme tutsie, était contre-interrogée sur ses déclarations à la cour faites lors de l'interrogatoire principal mené lundi par l'Américain Gregory Townsend, le représentant du parquet. SS avait nommément mis en cause Nyiramasuhuko.

La deuxième chambre comprend, outre le juge Sekule, les juges malgache Arlette Ramaroson et Winston Churchill Matanzima Maqutu du Lesotho.
CE/SV/FH (BU'0306A)