05.03.2003 - TPIR/BUTARE - UN TEMOIN DU PARQUET ESQUIVE DES QUESTIONS DE LA DEFENSE

Arusha, le5 mars 2003 (FH) -La deuxième chambre de première instance du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui mène le procès du groupe Butare (sud du Rwanda), s'est vue obligée plusieurs fois, mercredi, de donner des instructions au vingtième témoin du parquet qui esquivait des questions de la défense.

Le témoin, une femme tutsie désignée sous le pseudonyme "SS" pour protéger son identité, était contre-interrogée par l'avocate canadienne Me Nicole Bergevin, qui représente l'ancienne ministre de la famille et de la promotion féminine, Pauline Nyiramasuhuko, une des six personnes co-accusées dans ce procès.

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SS a témoigné contre Nyiramasuhuko et son fils Arsène Shalom Ntahobali, ainsi que contre l'ancien préfet de Butare, Sylvain Nsabimana, et l'ex-maire de Ngoma, Joseph Kanyabashi.

Les autres coaccusés sont un autre ancien préfet de Butare, Alphonse Nteziryayo, et l'ancien maire de Muganza, Elie Ndayambaje.

Le témoin a renâclé quand Me Bergevin a voulu savoir si sa déclaration écrite recueillie par des enquêteurs du parquet le 27 juin 1996 lui avait été relue dans une langue qu'il comprend, le kinyarwanda en l'occurrence, et si cette déclaration reflétait effectivement ce qu'il leur avait dit.

Au lieu de répondre, SS a déclaré que lorsqu'elle était interrogée par des enquêteurs, il y avait plusieurs autres personnes qu'elle ne connaissait pas.

"Dites au témoin de se détendre et de répondre aux questions directement", a dû intervenir le juge président, le Tanzanien William Hussein Sekule, en s'adressant à un interprète.

"Je me sens quelque peu mal à l'aise", a répondu le témoin, ajoutant: "J'aimerais sortir et aller me rafraîchir les idées". Le Tribunal a accordé une pause de vingt minutes.

A la reprise des débats, le témoin a répondu à toutes les questions. Cependant le juge a dû continuer à lui rappeler qu'elle devait le faire.

SS a confirmé qu'elle avait vu Nyiramasuhuko trois fois au bureau préfectoral de Butare où elle s'était réfugiée en avril 1994. SS a par ailleurs indiqué qu'à un moment donné, à cet endroit, il y avait des réfugiés tutsis et hutus.

Les Hutus venaient de Gitarama (centre du Rwanda ) et de Bugesera (sud de Kigali), fuyant les combats et l'avancée des rebelles du Front patriotique rwandais (TPIR), tandis que les Tutsis avaient quitté leurs domiciles, par crainte D'être attaqué par leurs voisins hutus.

Le témoin a été cependant incapable de préciser le nombre de réfugiés hutus qui se trouvaient au bureau préfectoral. Ellen'a pas non plus indiqué qui, des Hutus ou des Tutsis, étaient arrivés les premiers au bureau préfectoral. Elle a plutôt demandé à la chambre de dire au conseil qu'il ne devrait pas lui poser de telles questions.

Le président a demandé au témoin D'estimer au moins le nombre de ces réfugiés. SS a déclaré qu'elle n'en était pas capable, étant donné qu'au moment des faits, elle avait la diarrhée.

La session de mardi après-midi s'est déroulée à huis clos.

La deuxième chambre comprend outre le juge Sekule, les juges malgache Arlette Ramaroson et Winston Churchill Matanzima Maqutu du Lesotho.
AT/NI/CE/GF/FH (BU'0305A)