26.02.2003 - TPIR/BUTARE - UN TEMOIN ADMET QUE DES ENQUETEURS ONT DEFORME SES PROPOS

Arusha, le 26 février 2003 (FH) - Le dix-neuvième témoin du parquet dans le procès du groupe Butare (sud du Rwanda) a affirmé que des enquêteurs avaient déformé ses propos, lors de sa déposition mardi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Dénommé "RE" pour préserver son anonymat, le témoin était contre-interrogé par l'avocat canadien Me Guy Poupart, qui représente l'ancien ministre de la famille et de la promotion féminine, Pauline Nyiramasuhuko, une des six personnes accusées dans ce procès.

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RE a rencontré des enquêteurs du parquet en 1996. Le témoin a par exemple déclaré qu'il n'avait jamais dit aux enquêteurs que des Tutsis qui avaient cherché refuge au bureau préfectoral de Butare en avril 1994 avaient été conduits au lieu-dit Nyange, mais à Nyaruhengeri.

"Ce ne sont pas là mes paroles. Je crois que ma déclaration n'a pas été correctement enregistrée", a indiqué le témoin.

RE a par ailleurs admis que des parties de sa déposition devant la cour ne figuraient pas dans sa déclaration aux enquêteurs. "Je suis ici pour rapporter les événements et dire la vérité", s'est-il expliqué.

Ainsi le témoin n'avait pas auparavant déclaré que des miliciens Interahamwe avaient refusé de tuer des Tutsis évacués sur Nyaruhengeri. Dans son témoignage mardi, elle a allégué que des Interahamwe avaient dit à l'ancien préfet Sylvain Nsabimana, un autre accusé dans ce procès, de tuer lui-même les réfugiés, car les tombes étaient pleines. Ils auraient alors été ramenés au bureau préfectoral.

RE a par ailleurs indiqué que les enquêteurs n'avaient pas transcris correctement le nombre de réfugiés qui se trouvaient à l'Eglise épiscopale de Butare. Le témoin leur aurait simplement dit qu'il y en avait beaucoup, mais eux ont consigné le chiffre de quatre mille.

"Ce sont les enquêteurs qui ont avancé ce chiffre. Il m'a été seulement demandé de donner une estimation et je me rappelle avoir dit qu'ils étaient nombreux sans donner de précisions", a rapporté RE.

Interrogé mardi par Me Poupart sur le nombre exact de ces réfugiés, le témoin a déclaré qu'ils étaient légèrement supérieurs à trois cents.

Le contre-interrogatoire de RE se poursuit mercredi.

Le procès du groupe Butare concerne outre Pauline Nyiramnasuhuko et Sylvain Nsabimana, l'ex-préfet Alphonse Nteziryayo, les anciens maires Joseph
Kanyabashi et Elie Ndayambaje ainsi qu'Arsène Shalom Ntahobari, le fils de Nyiramasuhuko.

Il se déroule devant la deuxième chambre de première instance du TPIR présidée par le juge tanzanien William Hussein Sekule et comprenant en outre
les juges malgache Arlette Ramaroson et Winston Churchill Matanzima Maqutu du Lesotho.

AT/PJ/CE/gF/FH (BT'0226A)