24.02.2003 - TPIR/BUTARE - NYIRAMASUHUKO ET SON FILS ACCUSES D'AVOIR TRANSPORTE DES TUTSIS VERS UN S

Arusha, le 24 février 2003 (FH) - l'ancien ministre de la famille et de la promotion féminine, Pauline Nyiramasuhuko, et son fils Arsène Shalom Ntahobali auraient transporté des réfugiés Tutsis du bureau de la préfecture de Butare(sud du Rwanda) vers une forêt voisine où ils ont été tués, a déclaré un témoin de l'accusation, lundi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Dénommé "RE" pour préserver son anonymat, le dix-neuvième témoin du parquet a affirmé que Nyiramasuhuko et son fils étaient accompagnés de miliciens Interahamwe qui les ont aidé à sélectionner des jeunes gens et des jeunes filles parmi les Tutsis réfugiés au bureau de la préfecture.

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Il a situé l'incident au mois D'avril 1994, sans plus de précisions.

Nyiramasuhuko et son fils Ntahobali sont accusés avec quatre autres personnes dans le procès du "groupe Butare". Leurs coaccusés sont les anciens préfets Sylvain Nsabimana et Alphonse Nteziryayo ainsi que deux anciens maires: Joseph Kanyabashi et Elie Ndayambaje.

Nyiramasuhuko est la première femme à être inculpée par un Tribunal international pour génocide et viol.

Selon le témoin, Ntahobali a en outre dirigé des Interahamwe et des soldats qui ont attaqué des Tutsis dans une école appartenant à l'Eglise épiscopale du Rwanda, non loin du bureau préfectoral de Butare. Des réfugiés ont été battus, puis enlevés pour être exécutés, a dit le témoin. Il ajouté que certaines filles ont été violées.

RE est une rescapée tutsie originaire de la préfecture de Gikongoro, voisine de Butare. Elle a déclaré que des réfugiés de l'Eglise épiscopale avaient D'abord séjourné au bureau de la préfecture avant D'en être chassés par l'ancien préfet Nsabimana. Selon RE, Nsabimana a dit que les réfugiés constituaient "une saleté".

Le témoin a déclaré qu'une semaine après, les réfugiés ont été obligés de revenir au bureau préfectoral, le pasteur du lieu ayant pris comme prétexte qu'ils salissaient l'école.

Le discours de Nyiramasuhuko
Le témoin RE a également déclaré que Nyiramasuhuko et le président intérimaire Théodore Sindikubwabo, ont visité le bureau préfectoral de Butare au moment où les réfugiés s'y trouvaient et demandé pourquoi "la saleté" était encore là. Le témoin a affirmé que les deux personnalités voulaient signifier que les Tutsis devaient être éloignés et tués.

RE a ajouté que Nyiramasuhuko était venue une autre fois au bureau préfectoral, pendant la nuit, à bord D'une camionnette Toyota, conduit par Ntahobali. Ils étaient accompagnés par un Interahamwe appelé Kazungu, selon le témoin.

Ils auraient alors réveillé les réfugiés, ordonné qu'ils se déshabillent et montent dans la camionnette. Les réfugiés ont été ensuite conduits vers une forêt voisine et tués, a dit le témoin. Selon le témoignage de RE, le véhicule a effectué trois tours cette nuit-là.

Le témoin a par la suite indiqué que certaines personnes ont pu s'évader et ont raconté à ceux qui étaient restés à la préfecture que leurs compagnons avaient été tués à la machette et à l'aide des massues.

RE a dit que les Tutsis restants ont été transférés au lieu-dit Rango, après que Nteziryayo ait été nommé préfet. "Il est venu et a dit qu'il ne voulait plus voir la saleté à cet endroit", a allégué le témoin. Nteziryayo a été nommé préfet en juin 1994.

Interrogé par la répresentante nigériane du procureur, Adesola Adeboyejo, au sujet du nombre de Tutsis tués au cours de cette période, le témoin a simplement répondu qu'il voyait leur nombre diminuer chaque jour.

Le co-conseil de Nyiramasuhuko, le Canadien Guy Poupart, a commencé à contre-interroger le témoin lundi dans l'après-midi.

Le procès se déroule devant la deuxième chambre de première instance du TPIR présidée par le juge tanzanien William Hussein Sekule et comprenant en outre les juges malgacheArlette Ramaroson et Winston Churchill Matanzima Maqutu du Lesotho)

AT/PJ/GF/FH (BT'0224A)