02.10.2002 - TPIR/CYANGUGU - IMANISHIMWE EST UN BOUC EMISSAIRE DU PARQUET, SELON LA DEFENSE

Arusha, le 2 octobre 2002 (FH) - La défense du lieutenant Samuel Imanishimwe, l'ancien commandant du camp militaire de Karambo, à Cyangugu (sud-ouest du Rwanda), a rejeté les accusations retenues contre son client, qualifiant ce dernier de "bouc émissaire" du parquet.

Dans sa déclaration liminaire, l'avocat camerounais Me Marie-Louise Mbida, a indiqué mercredi devant le tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) que les faits imputés à son client "relèvent de l'imagination".

2 min 4Temps de lecture approximatif

"Samuel Imanishimwe n'a commis aucun acte criminel durant les événements de 1994", a souligné en substance Me Mbida, expliquant que l'accusé avait pour mission D' "assurer la défense des points stratégiques" de la préfecture. Parmi ceux-ci, la défense a cité notamment le camp militaire, l'aéroport et les frontières de Rusizi I et II, proches du Congo Démocratique.

Le parquet allègue que Imanishimwe aurait été responsable des massacres de Tutsis perpétrés en avril 1994 dans le camp militaire de Karambo dont il avait la charge. Il aurait aussi supervisé l'érection des barrages routiers à certains endroits de la préfecture, en compagnie des Interahamwe, à qui il aurait distribué armes et munitions dans le but de tuer des Tutsis en fuite.

Me Mbida a soutenu que son client n'avait aucun lien avec la population civile, arguant par ailleurs qu'"il n'y a jamais eu de meurtre, de torture ou D'arrestation" à Karambo. Le seul cachot du camp ne détenait que quelques militaires purgeant des sanctions disciplinaires, a-t-elle fait remarquer.

Selon la défense, le procureur aurait dû comprendre que "la population, se sentant menacée, s'est trouvée contrainte, par instinct de conservation, à
ériger des barrages pour assurer sa propre défense, pour ralentir l'avancée de l'ennemi".

Me Mbida, se départant de la thèse développée par le parquet, a affirmé que l'ennemi n'était pas les Tutsis, mais le FPR (Front Patriotique Rwandais, l'ex-mouvement rebelle à prédominante tutsi) qui combattait le gouvernement, et dont la tactique de guérilla consistait à s’infiltrer en se mêlant à la population locale.

Commentant l'embargo sur les armes qui avait été imposé au gouvernement rwandais à l'époque, Me Mbida a relevé que "Imanishimwe ne pouvait pas distribuer des armes à la population, sa propre dotation étant insuffisante. Ces équipements faisaient cruellement défaut pour faire face à l'ennemi", a-t-elle souligné.

Certains des témoins venus étayer la preuve du procureur sont détenus pour génocide dans des prisons du Rwanda. Me Mbida a observé que ces témoins,
dont deux dénommés "LAP" et "LAI", "se sont improvisés spécialistes militaires en rapportant des faits irréels pour obtenir un allègement de leur peine".

Imanishimwe est co-accusé avec l'ancien préfet de Cyangugu, Emmanuel Bagambiki, ainsi que l'ex-ministre des transports et communications sous le gouvernement intérimaire, André Ntagerura. Ce dernier a clôturé sa déposition mercredi dans la journée. Il avait commencé à témoigner pour sa propre cause le 17 juillet dernier.

Le procès du groupe Cyangugu se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR, présidée par le juge George Llyod Williams de
Saint Kitts et Nevis, et comprenant en outre les juges russe Yakov Ostrovsky, et slovène, Pavel Dolenc.

GA/GF/FH (CY-1002A)