25.07.2002 - TPIR/CYANGUGU - LE PROCES DU GROUPE CYANGUGU SUSPENDU JUSQU'A FIN SEPTEMBRE

Arusha, le 25 juillet, 2002 (FH) - Le procès des trois personnes poursuivies pour génocide et crimes contre l'humanité commis à Cyangugu (sud-ouest du Rwanda) a été suspendu jusqu'au 30 septembre, pendant la déposition de l'ex-ministre des transports et communications sous le gouvernement intérimaire, André Ntagerura, jeudi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

André Ntagerura, qui témoignait pour sa propre cause depuis mercredi de la semaine dernière, était jeudi contre-interrogé par le parquet.

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André Ntagerura a D'abord explicité des passages D'un discours controversé du président intérimaire rwandais, Théodore Sindikubwabo, prononcé le 19 avril 1994 à Butare (sud du Rwanda) en plein génocide.

La représentante tanzanienne du parquet, Holo Makwaia, a suggéré qu'au cours de ce discours, le président Sindikubwabo aurait incité aux massacres de Tutsis et D'opposants.

Réfutant cette thèse du procureur, Ntagerura a déclaré que dès le 15 avril 1994, à Butare, plusieurs communes avaient déjà connu des violences et que le président invitait plutôt les autorités locales et la population à les endiguer.

La representante du parquet a en outre suggéré que l'ancien préfet de Butare, Jean-Baptiste Habyarimana, avait été remplacé parce qu'il avait empêché que des tueries aient lieu.

Ntagerura a répondu: "Il a été remplacé comme tout autre préfet peut être remplacé", expliquant qu'il y avait déjà eu des tueries dans certaines parties de sa préfecture, citant les communes de Maraba et de Nyakizu. "C'est normal dans l'administration, ce sont des postes où on ne reste pas éternellement", a poursuivi André Ntagerura.

Le procureur a par ailleurs relevé le terme kinyarwanda "gukora" (travailler), dans le discours du président et a indiqué qu'il était utilisé par les autorités du gouvernement intérimaire pour signifier "tuer "les Tutsis.

André Ntagerura a répliqué que dans ce contexte précis où les autorités invitaient la population à travailler, la signification était que "il ne fallait pas fuir ses responsabilités" et aider le gouvernement à restaurer la paix.

A la question de savoir si les Tutsis étaient particulièrement visés durant le génocide de 1994, Ntagerura a répondu que toutes les ethnies du Rwanda à savoir les Tutsis, les Hutus et les Twas étaient ciblés. Selon Ntagerura, les tueurs étaient des civils et des militaires indisciplinés de l'ex-armée rwandaise et des combattants de l'ex-rébelion à dominante tutsie, le Front patriotique rwandais (FPR).

Ntagerura est le trente-deuxième témoin pour sa défense. Le procès a commencé le 18 septembre 2000.

André Ntagerura est défendu par l'avocat canadien Me Benoît Henry et un confrère franco-congolais, Me Rety Hamuli.

Le parquet est représenté par la Tanzanienne Holo Makwaia, l'Ougandais Richard Karegyesa, ainsi que la Néo-zélandaise, Andra Mobberley.
Ntagerura est co-accusé avec l'ancien préfet de Cyangugu (sud-ouest du Rwanda), Emmanuel Bagambiki, ainsi l'ex-commandant du camp militaire de Karambo à Cyangugu, le lieutenant Samuel Imanishimwe. Ils plaident non coupables.

Le procès du groupe Cyangugu se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR présidée par le juge de Saint-Kitts et Nevis, George Lloyd Williams, et comprenant en outre les juges, russe Yakov Ostrovsky, et slovène Pavel Dolenc. Les coaccusés de Ntagerura n'ont pas encore présenté leurs moyens de défense.
GA/AT/DO/FH (CY-0725A)