10.07.2002 - TPIR/MEDIAS - LES CRITIQUES CONTRE KANGURA SONT INJUSTIFIEES, SELON LA DEFENSE

Arusha, le 10 juillet, 2002 (FH)-Les critiques formulées contre la revue Kangura sont injustifiées, a plaidé un avocat, mercredi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

l'avocat américain, Me John Floyd, qui représente l'ancien directeur et rédacteur en chef de Kangura, Hassan Ngeze, contre-interrogeait l'historien rwandais Marcel Kabanda, cité par le parquet comme expert dans le cadre du procès des anciens responsables des "médias de la haine" en cours devant le TPIR.

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Marcel Kabanda a rédigé un rapport intitulé:" Kangura, le média de la haine et du complot en vue du génocide", à la demande du parquet du TPIR. Me Floyd a soutenu que Marcel Kabanda faisait des "affirmations gratuites" et procédait de "la fabrication" de la preuve.

Selon Me Floyd, la plupart des journaux qui existaient au Rwanda dans les années 1990 "utilisaient le même langage, publiaient les mêmes caricatures, présentaient les mêmes faits" que Kangura.

"Tout le monde se sert du même langage. Tout le monde parle des Hutus et des Tutsis. Toute la presse parle de la même chose.", a explicité Me Floyd.

Marcel Kabanda a répondu que "tous les journaux ont utilisé les mêmes mots, mais avec les mêmes mots, on peut composer plusieurs textes". Me Floyd a indiqué que le témoin donnait des réponses "absurdes". Auparavant, l'avocat américain avait déclaré que le témoin était "partial" et ne savait rien de tout ce qu'il avançait, mais il a été rappelé à l'ordre par la chambre.

Me Floyd a par ailleurs nié "l'impact météorique" attribué par l'expert à la revue Kangura, étant donné son faible tirage et le taux élévé D'analphabétisme au Rwanda, a-t-il dit.

"Parce qu'il y a 3000 exemplaires qui sont vendus,[…] il fallait savoir qu'il paraît deux fois par mois, que c'est le journal qui a le plus tenu dans la durée, le journal qui a résisté, beaucoup ont disparu. Est-ce qu'il a besoin de toucher les six millions de Rwandais pour avoir un impact? Ou il suffit D'atteindre une certaine classe qui, après, en fait le relais?", s'est demandé Marcel Kabanda.

Selon l'expert, la diffusion de Kangura peut se résumer ainsi :"je le lis, je le garde, je le passe à autrui".

D'après Marcel Kabanda, "en 1992, il y a sans doute des gens qui sont en train de lire le numéro de 1990".

"Cette presse était fascinante. Et ceux qui étaient fascinés ont gardé les numéros", a poursuivi l'expert du parquet, définissant Kangura comme "un cours".

"On peut lire le Kangura de 1990 en 1993 et ne pas être dépaysé", a-t-il dit, expliquant que son secret résidait dans l'analyse des situations, au détriment de l'actualité.

Acculé par la défense, l'expert du parquet a reconnu que D'autres journaux de l'époque étaient conservés et lus de la même manière que Kangura. Pour Me Floyd , Hassan Ngeze avait foi en la démocratie et en la liberté de presse et partiquait un journalisme D'investigation.

Le procès des médias concerne outre Hassan Ngeze, l'ancien promoteur de la Radio-télévision libre des Mille collines (RTLM), Ferdinand Nahimana, ainsi que l'ancien conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité D'initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza. Ils sont notamment poursuivis pour entente et incitation à commettre le génocide.
Ils plaident non coupables.

Le procès se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sud-africaine Navanethem Pillay, et comprenant en outre les juges, norvégien Erik Mose, et sri-lankais Asoka de Zoysa Gunawardana. La déposition de Marcel Kabanda se poursuit jeudi.
AT/DO/FH(ME-0710C)