10.07.2002 - TPIR/MEDIAS - l'EXPERTISE DE MATHIAS RUZINDANA EST PARTIALE, SELON UN AVOCAT

Arusha, le 10 juillet, 2002 (FH)-l'avocat de l'ancien conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité D'initiative de la Radio-télévision libre des Mille collines (RTLM), Jean-Bosco Barayagwiza, a affirmé que le rapport D'expertise présenté par le linguiste rwandais Mathias Ruzindana, est partial, lors de son contre-interrogatoire, mercredi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Auteur du rapport, "La langue kinyarwanda, son usage et son impact dans les divers médias pendant la période 1990-1994", Mathias Ruzindana a été cité par le parquet dans le cadre du procès des anciens responsables des "médias de la haine" en cours devant le TPIR.

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Ce procès concerne outre Jean-Bosco Barayagwiza, l'ancien promoteur de la RTLM, Ferdinand Nahimana, ainsi que l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze.

Mathias Ruzindana a notamment analysé la signification des termes utilisés par la revue Kangura et la radio RTLM. Selon lui, ces médias procèdent entre autres par"hyperbole et exagération"

"Vous avez donné de votre chef une orientation unilatérale, partiale à ce rapport, tel que ça ne peut pas refléter l'utilisation de la langue", a demandé Me Pognon à l'expert, qui a immédiatement contesté cette suggestion.

"Par votre rapport, vous avez anticipé ce qui devait être considéré comme un réquisitoire du procureur pour les journaux dont vous n'avez choisi que quelques uns, spécialement Kangura", a poursuivi l'avocat béninois. Le témoin a répondu que le mandat qu'il a reçu du procureur se limitait à l'étude du sens des mots. "Si on avait eu beaucoup de temps et si on avait voulu rédiger mille pagess, on aurait pu citer tous les cinquante journaux" qui existaient à l'époque couverte par le rapport D'expertise, a-t-il dit.
Me Pognon a en outre reproché à l'expert du parquet D'avoir omis dans son rapport,"les mots expressifs du foisonnement démocratique qui anime tout peuple qui sort du monopartisme".

Selon l'avocat, l'expert aurait également dû étudier les émissions de Radio Muhabura de l'ex-rébellion à dominante tutsie, le Front patriotique rwandais (FPR).

"J'ai l'impression qu'il n'y a pas eu beaucoup D'apports de la Radio Mubabura dans l'expression" a dit Mathias Ruzindana. Le témoin avait auparavant déclaré qu'on était peu documenté sur Radio Muhabura, mais qu'il l'avait personnellement écoutée, "régulièrement".

Le contre-interrogatoire mené par Me Pognon a été émaillé de quelques incidents, l'avocat se plaignant de ce que le temps qui lui avait été accordé était court. Me Pognon, à un moment donné, s'est énervé et a menacé de renoncer à le poursuivre, la chambre ayant suggéré que par le passé il avait souvent débordé de son temps.

La présidente de la chambre, la juge sud-africaine Navanethem Pillay, lui a donné un ultimatum de deux minutes au terme desquelles la chambre devait considérer que son contre-interrogatoire était terminé et s'est tout de
suite ressaisi.

Me Pognon avait été irrité par le fait que la chambre ne semblait pas tenir compte des conditions dans lesquelles il travaille, à savoir qu'il assiste,"dans l'intérêt du Tribunal", un client qui ne coopère pas. Jean-Bosco Barayagwiza boycotte ce procès depuis son ouverture sur le fond, arguant que le TPIR est manipulé par le gouvernement rwandais. Ses avocats ont été nommés par la chambre, contre son gré.
AT/DO/FH(ME-0710B)