18.06.2002 - TPIR/SEMANZA - LA DEFENSE DE l'EX-MAIRE LAURENT SEMANZA DEMANDE SON ACQUITTEMENT

Arusha 18 juin 2002 (FH) - La défense de l'ancien maire de Bicumbi (province Kigali rurale, centre-est du Rwanda), Laurent Semanza, poursuivi pour génocide, a demandé l'acquittement de l'accusé, au motif que le parquet a échoué à contrer son alibi, lors de son plaidoirie mardi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Semanza répond des massacres commis à Bicumbi et dans la commune voisine de Gikoro durant le génocide de 1994.

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Il plaide non coupable. Le parquet situe l'essentiel de ses allégations entre le 9 et le 13 avril 1994, alors que l'accusé affirme avoir quitté sa résidence dans la nuit du 8 au 9 avril 1994 en direction de Gitarama.

l'avocat béninois, Me Sadikou Alao, co-conseil de Semanza, a relevé des incohérences et contradictions chez les témoins à charge, qui ont rapporté que le 7 avril 1994, Semanza était aux lieux dits Musha, Nzige, Kanzu et Muyumbu pour y organiser des massacres. l'accusé se serait aussi retrouvé à des endroits différents, aux mêmes heures, les 8 et 11 avril.

Me Alao a soutenu que "toutes ces citations sont invraisemblables". "Même un sorcier ne peut pas avoir un don D'ubiquité pour se retrouver à des endroits différents au même moment", a renchéri l'avocat américano -camerounais, Me Charles Taku.

Lundi, le substitut canado-nigerian du procureur, Chile Eboe-Osuji, avait exhorté la chambre à ne pas tenir compte des contradictions des témoins à charge, arguant qu'elles ne constituent pas une base suffisante pour rejeter le témoignage dans son ensemble.

Le procureur a aussi fait valoir que la défense a fondé son alibi sur la déposition D'un témoin expert, le sociologue français André Guichaoua, qui en avril 2001 avait rapporté que Semanza avait rejoint le gouvernement intérimaire qui s'était réfugié à Gitarama à partir du 11 avril 1994. Cité en duplique par le parquet, Guichaoua avait indiqué que Semanza pouvait se rendre à Bicumbi à partir de Gitarama.

Me Alao a soutenu que son client ne pouvait pas fuir l'insécurité, et revenir en arrière. "On ne peut pas fuir le danger et revenir faire face à ce même danger", a-t-il fait observer, rappelant que "la commune (Bicumbi) était déjà occupée par le FPR (ancien mouvement rebelle)".

S'agissant du témoin "DCH" cité également en duplique, Me Alao a suggéré que lors de son aveu de culpabilité aux autorités judiciaires du Rwanda, le témoin n'a jamais dénoncé Semanza parmi les personnes ayant perpétré avec lui l'attaque contre l'église de Ruhango après le 9 avril. Le témoin a fait cette déclaration lors de sa déposition devant la chambre en avril dernier.

La défense a fait remarquer que "ce témoin a été fabriqué pour la circonstance. Ce serait une caution au mensonge que de prendre ses déclarations au sérieux", a plaidé Me Alao.

Le troisième témoin cité en duplique, Mme"XXK", a, selon la défense, affirmé que l'accusé aurait quitté son domicile le 18 avril 1994, le jour du décès de son mari, mais elle n'a pas pu établir par après la date à laquelle ce dernier était décédé.

La défense a par ailleurs affirmé que le parquet n'a pas pu prouver les crimes allégués à Bicumbi et à Gikoro. Me Alao a soutenu qu'il n y avait pas de guerre dans ces endroits avant le 18 avril 1994, date de l'arrivée du FPR, "selon la thèse du procureur". Dans ces conditions, a-t-il insisté, "comment peut-il soutenir qu'il y a eu des crimes contre l'humanité".

l'avocat béninois a rappelé que le jour de l'attentat contre l'avion du président Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, Semanza était en plein deuil D'une des ses filles assassinée neuf jours auparavant. "Moralement, il n'aurait pas pu se livrer aux crimes qu'on lui reproche", a souligné Me Alao.

Me Taku a pour sa part relevé que "l'accusation n'a pu prouver de manière précise le rôle joué par Semanza dans ce qui s'est passé à Bicumbi et à Gikoro" et conclu que "au vu de ce qui précède, nous demandons l'acquittement [de Laurent Semanza]".

Les deux avocats ont entamé leur plaidoirie par une prière, évoquant de longues citations de la Bible, et implorant Dieu pour qu'il éclaire les juges afin qu'ils libèrent leur client.

Alors que le juge russe Yakov Ostrovsky, qui préside les débats, venait de déclarer clos les arguments des deux parties, dans ce procès ouvert le 16 octobre 2000, le représenatnt du parquet a supplié la chambre de lui accorder quelque temps "pour développer quelques arguments en réplique".

Le procès Semanza se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR, comprenant, outre le juge Ostrovsky, les juges George Lloyd Williams de Saint- Kitts et Nevis, et Pavel Dolenc de Slovénie.

Les débats se poursuivront mercredi.

GA/AT/GF/FH (SE-0618a)