18.04.2002 - TPIR/SEMANZA - LA DEFENSE EXIGE UNE NOUVELLE FOIS LE DOSSIER JUDICIAIRE D'UN TEMOIN

Arusha 18 avril 2002 (FH) - La défense de l'ancien maire de Bicumbi (province Kigali rurale, centre-est du Rwanda), Laurent Semanza, a une nouvelle fois exigé le dossier judiciaire du premier témoin en réplique, au terme de la déposition de ce dernier devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

"Nous avons un témoin qui se reconnaît coupable de crimes très graves", a affirmé, lors du contre interrogatoire, l'avocat béninois Me Sadikou Alao, co-conseil de l'accusé, évoquant "des faits nouveaux" soulevés par le témoin.

2 min 15Temps de lecture approximatif

Désigné par les lettres "DCH" pour protéger son identité, le témoin est un Hutu qui a terminé de purger sa peine au début de l'année dans une des prisons du Rwanda. Il avait plaidé coupable de génocide en 1997. M.DCH, qui a commencé sa déposition lundi dernier, a été le premier témoin cité par le parquet en contre preuve pour détruire la défense D'alibi de l'accusé.

Semanza est poursuivi pour les massacres perpétrés à Bicumbi et dans la commune avoisinante de Gikoro durant le génocide de 1994. Le parquet situe l'essentiel de ses allégations entre le 9 et le 14 avril 1994, alors que Semanza affirme avoir quitté sa résidence dans la nuit du 8 au 9 avril, en direction de Gitarama (centre du Rwanda).

Lors de sa déposition, M.DCH a affirmé avoir participé, avec l'accusé, à des attaques contre des Tutsis "entre le 8 et le 12 avril 1994" sur un barrage routier tout près de la mosquée de Kabuga, et le 15 et le 16 avril contre l'église de Ruhanga à Gikoro. Le témoin a en outre affirmé avoir vu l'accusé à l'Hôtel des Diplomates à Kigali "entre le 25 et le 30 avril 1994", puis à Gitarama "fin avril début mai (94)", sans donner une date précise.

Me Alao a plaidé que "les faits nouveaux" soulevés par le témoin relativement à l'accusé relèvent de la compétence de la juridiction internationale, et exigé que le dossier judiciaire du témoin soit communiqué à la défense.

La chambre avait rejeté cette requête lundi dernier, mais elle a dû assouplir sa position jeudi. "Il s'agit D'un problème très compliqué", a concédé le juge russe Yakov Ostrovsky, qui préside les débats, enjoignant à la défense de préparer sa requête par écrit.

Lors du contre interrogatoire, la chambre est à maintes reprises intervenue pour rappeler le témoin à l'ordre, en lui disant D'éviter de faire des commentaires ou de donner des leçons à la défense. Me Alao a qualifié les déclarations du témoin de "mensongères".

Le parquet compte citer son deuxième témoin en réplique, dénommé "XXK", mardi prochain. Les autres devraient être le procureur camerounais, Messina Teme, le Kenyan Antipas Nyanjwa, inspecteur de police et expert en criminologie et en médecine légale, ainsi qu'un autre expert, le Professeur français André Guichaoua.

Le substitut canado-nigerian du procureur, Chile Eboe-Osuji, a indiqué qu'il pourrait retirer l'un ou l'autre de ces témoins "au cas où surgiraient des difficultés logistiques". Il déjà renoncé au témoin "XXL", suite aux problèmes de voyage auxquels se heurtent les témoins devant faire le déplacement du Rwanda vers Arusha.

Le procès Semanza se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR, comprenant, outre le juge Ostrovsky, les juges George Williams de Saint Kitts et Nevis, et Pavel Dolenc de Slovénie.

GA/GF/FH (SE-0418A)