10.04.2002 - TPIR/KAJELIJELI - LE PROCES DE L’EX-MAIRE DE MUKINGO SUSPENDU JUSQU’EN SEPTEMBRE

Arusha 10 avril 2002 (FH) - Le procès de l’ex-maire de Mukingo (province de Ruhengeri, nord-ouest du Rwanda), Juvenal Kajelijeli, qui aurait dû reprendre lundi dernier, a été reporté au 16 septembre prochain, après que deux témoins à charge aient refusé à comparaître, a-t-on appris mercredi à Arusha. A la reprise, la défense devrait commencer la présentation de ses moyens de preuve, le parquet ayant décidé de clôturer subitement sa preuve à la suite de cet incident.

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L’accusation avait jusqu'ici cité quatorze témoins.

Le parquet n’a toutefois pas renoncé définitivement à ces deux témoins, a indiqué le substitut australien du procureur, Ken Fleming. Il entend les présenter au moment opportun pour contester la défense d’alibi que compte développer l’accusé.

Interrogé par le juge tanzanien William Hussein Sekule, qui préside les débats, s'il y avait un espoir que lesdits témoins acceptent finalement de déposer, Ken Fleming a répondu que "des discussions délicates sont en cours et nous ne pourrions en dire quoi que ce soit actuellement pour ne pas compromettre leur aboutissement".

Lundi dernier, le procureur en chef du TPIR, la Suissesse Carla Del Ponte, avait annoncé que, suite à l’embargo décrété par IBUKA, une des organisations représentant les rescapés du génocide, les deux témoins avaient "dit clairement qu’ils ne viendront pas tant qu’ils n’auront pas entendu à la radio que leur association a donné l’autorisation aux témoins de se présenter".

En janvier dernier, deux associations des victimes du génocide rwandais de 1994, Ibuka et AVEGA, dont bon nombre de témoins du parquet sont membres, avaient décidé de suspendre leur coopération avec le TPIR, au motif que des témoins étaient harcelés au cours de leurs dépositions à Arusha. Les associations rwandaises accusent par ailleurs le TPIR d’employer des gens qui auraient trempé dans le génocide anti-tutsi de 1994.

La défense de Kajelijeli a de son côté accusé ces associations de vouloir "prendre la justice en otage".

Au cours d’une conférence de presse tenue mardi à Arusha, le représentant du Rwanda auprès du TPIR, Martin Ngoga, a déclaré que son gouvernement n’avait pas le contrôle sur les associations de rescapés.

"IBUKA et AVEGA sont des organisations autonomes qui opèrent au Rwanda. Nous respectons leur autonomie, nous n’avons pas de plein contrôle sur ces organisations", a indiqué Martin Ngoga. Martin Ngoga a expliqué que le gouvernement rwandais comprenait certaines des préoccupations de ces organisations, ajoutant :"Nous pouvons leur dire de venir à Arusha, mais que pouvons nous leur dire à propos de leurs préoccupations ?" .

"Pourquoi le Tribunal ne se lève pas pour dire que leurs allégations sont fausses ? Le Tribunal a tout simplement laissé l’affaire en l’air !", s'est exclamé le diplomate rwandais.

A la question de savoir s’il n’était pas du devoir du Rwanda de coopérer avec le Tribunal selon des accords bilatéraux, Martin Ngoga a répondu :"le Rwanda peut simplement faciliter la venue des témoins à Arusha, mais nous n’avons l’obligation de les contraindre à venir"

Martin Ngoga a ajouté que le Rwanda était disposé a assister le TPIR pour trouver une solution à ce problème, mais n’avait pas "de compétence pour résoudre la question de façon unilatérale".

Le greffier avait annoncé dernièrement la création D'une commission conjointe Rwanda-TPIR chargée D'enquêter sur les allégations formulées par les associations rwandaises. La commission n’a pas commencé ses travaux à la date prévue, le 1er avril, les deux parties ne s’étant pas entendues sur son mandat. Alors que le greffier du TPIR veut limiter ce mandat aux enquêtes sur des allégations de harcèlement des témoins, le gouvernement rwandais voudrait de son côté l’élargir au recrutement du personnel rwandais au sein du TPIR.

BN/AT/GF/FH(KJ-0410A)