20.03.2002 - TPIR/BUTARE - LE FILS D'UN EX-MINISTRE AURAIT DIRIGE DES MASSACRES

Arusha 20 mars 2002 (FH) - Arsène Shalom Ntahobali, fils de l’ex-ministre de la famille et de la promotion féminine, Pauline Nyiramasuhuko, tous deux co-accusés, avec quatre autres personnes, de génocide anti-tutsi à Butare (sud du Rwanda), aurait dirigé des massacres dans certains sites, a affirmé un témoin de l’accusation entendu mercredi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Dénommé "QCB" pour protéger son anonymat, le neuvième témoin du parquet, comme deux autres qui l’ont précédé, est un détenu qui attend sa sentence après avoir plaidé coupable devant la justice rwandaise.

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"J’ai identifié Shalom, c’est lui qui dirigeait les tueurs", a dit en substance M.QCB parlant de deux centaines de Tutsis qui ont été massacrés, selon lui, entre l'Institut de recherche scientifique et technologique (IRST) de Butare et le laboratoire universitaire de Butare.

Le témoin a indiqué qu’on avait amené, à bord d’une camionnette, des Tutsis qui avaient été recueillis sur un barrage routier érigé devant la maison de Pauline Nyiramasuhuko, ainsi que ceux qui avaient été arrêtés au campus universitaire. "Derrière la camionnette, il y avait une voiture de marque Peugeot conduite par Shalom"a -t-il déclaré.

M.QCB a par ailleurs allégué que Arsène Shalom Ntahobali aurait ordonné la mise à mort d’un nommé Léopold Ruvurajabo au barrage situé devant la maison de ses parents, le 21 avril 1994, avant ce massacre de l’IRST.

"Léopold est arrivé au barrage routier, on lui a demandé sa carte d’identité, il l’a exhibée, on lui a dit de se rendre à une école en contrebas de la route, il a refusé. Alors les Interahamwe [miliciens de l’ex-parti présidentiel MRND], s’adressant à Shalom, ont dit :’iI a refusé, que devons-nous faire?’ et Shalom leur a répondu:’ Mais s’il a refusé, tuez-le il n’y a pas d’autre alternative !‘ On l’a tué d’un coup de couteau et jeté en contrebas de la route", a rapporté le témoin de l'accusation.

M. QCB a indiqué que l’accusé "se trouvait devant leur maison. Il avait un fusil kalachnikov en bandoulières et des grenades à la ceinture". M.QCB a indiqué que les Tutsis qui étaient arrêtés à ce barrage étaient rassemblés dans une école appartenant à l'Eglise anglicane du Rwanda, pour ensuite être conduits sur des sites de massacres, sous la direction de Shalom Ntahobali.

Le témoin a dit qu’il avait pu recenser environ treize barrages routiers dans la ville de Butare. Il a précisé à la cour les emplacements de ces barrages à l’aide D'un croquis de la ville de Butare, qu’il a confectionné lui-même, dans sa cellule à Arusha, alors qu'il attendait son tour D'être cité à la barre.

Le témoin a par ailleurs indiqué que le 21 avril 1994, il avait vu l’ex-maire de Ngoma, Joseph Kanyabashi, un des coaccusés de Ntahobali et de sa mère Pauline, et le colonel Tharcisse Muvunyi au marché de Rango.

Le colonel Muvunyi, en attente de son procès au TPIR, aurait ordonné à la population de chasser des gens qui s’étaient réfugiés à Kakanyamanza dans le secteur de Tumba, tandis que Kanyabashi aurait demandé de les conduire à Kabakobwa "où ils devaient être gardés jusqu’à ce que les militaires viennent les massacrer".
Des militaires seraient venus le lendemain et y auraient tué environ deux mille Tutsis, selon le témoin.

Sont concernés par le procès outre Ntahobali, Pauline Nyiramasuhuko et Joseph Kanyabashi, les ex-préfets Alphonse Nteziryayo et Sylvain Nsabimana, et l’ex-maire de Muganza Elie Ndayambaje.

Le procès se déroule devant la deuxième chambre de première instance du TPIR présidée par le juge tanzanien William Hussein Sekule et composée par ailleurs des juges, malgache Arlette Ramaroson et lesothan Winston Churchill Matanzima Maqutu.

Le témoignage de QCB se poursuit jeudi matin. Il est interrogé par le substitut américain du procureur, Gregory Townsend.

BN/AT/GF/FH(BT-0320A)