11.03.2002 - TPIR/MEDIAS - DES CASSETTES DE LA RTLM ONT ETE "TRIPATOUILLEES", SELON UN AVO

Arusha 11 mars 2002 (FH) - Des cassettes contenant des émissions de la Radio-télévision libre des Mille collines (RTLM), présentées en preuve dans le procès des anciens responsables des "médias de la haine" auraient été manipulées, a suggéré un avocat, lundi, devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

l'avocat américain Me John Floyd, qui représente l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura Hassan Ngeze, un des coaccusés, contre-interrogeait le quarante-et-unième témoin du parquet, un ex-enquêteur au TPR, Kaiser Rizvi.

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Kaiser Rizvi est un ancien officier de l'armée du Bangaldesh qui a enquêté dans l'affaire des médias entre septembre 1996 et juillet 2001. Actuellement, il travaille sur le dossier Milosevic, dans le cadre du procès en cours au Tribunal de l'ONU pour l'ex-Yougoslavie.

Me Floyd a plaidé que les cassettes présentées par le témoin ont été "tripatouillées" par leurs détenteurs initiaux, contestant ainsi leur authenticité. Le témoin a déclaré les avoir obtenues de différentes sources, citant notamment le département D'Etat américain, le secrétariat du Front patriotique rwandais (FPR, ex-rébellion à dominante tutsie aujourD'hui au pouvoir à Kigali) et le ministère rwandais de l'information.

Me Floyd a allégué que ces cassettes pourraient avoir été altérées par des traducteurs rwandais affectés au bureau du procureur à Kigali. "Avez-vous entendu dire que tous les traducteurs étaient Tutsis et que les Hutus n'étaient pas représentés ?", a demandé Me Floyd. Le témoin a répondu qu'il n'avait jamais entendu une telle plainte, ajoutant que les traducteurs accomplissaient leur tâche sans état D'âme.

Kaiser Rizvi est le second témoin à présenter des cassettes de la RTLM dans ce procès ouvert sur le fond en octobre 2000, après le dénommé "GO" qui était cadre au ministère de l'information.

Le procès des médias concerne, outre Hassan Ngeze, l'ancien promoteur de la RTLM, Ferdinand Nahimana, ainsi que l'ancien conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité D'initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza. Ils sont notamment accusés D'avoir incité au génocide anti-tutsi et aux massacres D'opposants par le biais de leurs organes de presse respectifs. Ils plaident non coupables.

D'autres témoins devraient encore déposer au sujet de ces cassettes, parmi lesquels l'historien français Jean-Pierre Chrétien, le sociolinguiste rwandais Mathias Ruzindana, l'activiste rwandais des droits de l'homme Gasana Ndoba, ainsi qu'un représentant de l'association de défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières. Plusieurs cassettes ont été admises provisoirement, en attendant que leur "chaîne de possession" soit précisée par D'autres témoins.

La déposition de Kaiser Rizvi se poursuivra mardi matin devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sud-africaine Navanethem Pillay et composée en outre des juges, norvégien Erik Mose, et sri-lankais Asoka de Zoysa Gunawardana.

AT/GF/FH (ME-0311A )