01.03.2002 - TPIR/MEDIAS - LA DEFENSE REPROCHE A RUGGIU DE SERVIR LA CAUSE DU PROCUREUR

Arusha 1er mars 2002 (FH) - La défense de l'ancien promoteur de la Radio-télévision libre des Mille collines (RTLM), Ferdinand Nahimana, a reproché à l'ex-présentateur italo-belge Georges Ruggiu de servir la cause du procureur, vendredi dans le procès des anciens responsables des "médias de la haine" en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Présentateur à la RTLM de janvier à juillet 1994, Georges Ruggiu a été condamné à douze ans de prison par le TPIR après avoir plaidé coupable de deux chefs D'accusation : l'incitation directe et publique à commettre le génocide et un crime contre l'humanité (persécution).

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Le plaidoyer de culpabilité de Georges Ruggiu était assorti de certaines conditions. Ainsi, le parquet a retiré un acte D'accusation amendé comprenant six chefs, établi contre Ruggiu, quand celui-ci a entamé la procédure D'aveu.

l'avocat français de Ferdinand Nahimana, Me Jean-Marie Biju-Duval, a plaidé que la déposition de Georges Ruggiu dans le procès des médias était une "contre-partie imposée en retrait de cet acte D'accusation D'une extrême gravité".

"Dans le cadre de ce marché, vous avez accepté D'accéder à tous les desiderata du bureau du procureur, quelqu'en soit le prix", a-t-il suggéré.

Georges Ruggiu a maintenu que son plaidoyer de culpabilité était le résultat D'une longue réflexion, qui lui avait permis de prendre conscience qu'il avait participé à un génocide planifié.

Le procès des médias concerne, outre Ferdinand Nahimana, l'ancien conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité D'initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza, ainsi que l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze.

Georges Ruggiu témoigne dans ce procès depuis mercredi. Me Biju-Duval a indiqué que son témoignage était "une accumulation de mensonges". La déposition de Georges Ruggiu se poursuit lundi.

Le procès se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sud-africaine Navanethem Pillay et comprenant en outre le juge norvégien Erik Mose et le juge sri-lankais Asoka de Zoysa Gunawardana.

Débat autour du rapport D'Alison Desforges

Vendredi, la chambre a rejeté une requête du parquet en prolongation du délai du dépôt du rapport D'expertise de l'historienne américaine Alisson Desforges. Le substitut américain du procureur, Stephen Rapp, avait déclaré que ce rapport ne serait pas disponible dans les délais prescrits, expliquant qu'Alison Desforges "avait mal aux dents".

Me Biju Duval avait répliqué qu'il compatissait avec la souffrance de l'experte mais qu'il y avait également des droits de défense à faire respecter.

l'avocat italien Me Giacomo Barletta Caldarera, qui réprésente Barayagwiza, a pour sa part déclaré. "Je ne voudrais pas que le retard soit lié à une tentative de mise à jour de son rapport au regard des choses qui se déroulent au Tribunal".

l'avocat américain de Hassan Ngeze, Me John Foyd a de son coté ajouté: "l'histoire pour moi ne change pas [....] Nous sommes quelque peu sceptiques. Je demanderais simplement qu'elle soit supprimée de la liste des témoins".

Parmi les experts attendus figure le professeur français Jean-Pierre Chrétien, éditeur du livre "Rwanda. Les médias du génocide". Sa déposition est prévue fin mai.

AT/GF/FH (ME-0301A )