28.02.2002 - TPIR/MEDIAS - GEORGES RUGGIU ADMET AVOIR ECRIT DES MENSONGES

Arusha 28 février 2002 (FH) - l'ancien présentateur italo-belge Georges Ruggiu a admis avoir écrit des mensonges au sujet de la Radio-télévision libre des Mille collines (RTLM), lors de sa déposition jeudi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Georges Ruggiu a travaillé à la RTLM pendant le génocide anti-tutsi en 1994 et a écrit un livre sur cette période, l'année suivante.

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Intitulé "Dans la tourmente rwandaise", le livre de Georges Ruggiu décrit la RTLM comme "Radio Vérité, Radio Courage, Radio Résistance, Radio yacu [notre radio]".

Le parquet du TPIR allègue que la RTLM et ses journalistes ont incité au génocide anti-tutsi et aux massacres D'opposants qui ont fait un million de morts, selon un bilan officiel établi par le gouvernement rwandais.

l'avocat français Me Jean-Marie Biju-Duval, qui défend l'ancien promoteur de la RTLM, Ferdinand Nahimana, un des accusés dans ce procès, a fait admettre à Georges Ruggiu que son livre était "un plaidoyer pour la RTLM et pour vous-même, résolument partisan et constamment parsemé de ce genre de mensonges".
Georges Ruggiu a déclaré : "Je n'ai pas écrit la vérité, je l'admets. Mais J'ai essayé de développer une défense pour la RTLM. Je n'ai pas dit toute la vérité parce qu'à l'époque, je ne croyais pas que la vérité était à dire. Je l'ai tue, je le savais".

Me Biju Duval a relevé : "en prétendant dire la vérité, vous ne travaillez que pour votre défense et vos propres intérêts en 1995. Tout cela au prix D'une accumulation de mensonges". Georges Ruggiu a répondu que la remarque de l'avocat était exacte. Il a ajouté : "Je n'avais pas les moyens de dire la vérité en 1995. En 1995, J'étais seul au Kenya. Je n'avais pas les moyens de dire que la RTLM avait diffusé des appels aux meurtres, avait incité aux massacres de Tutsis, à tuer des personnalités politiques. Je le dis maintenant".

Georges Ruggiu s'est réfugié au Kenya après la victoire du Front patriotique rwandais (FPR) sur le gouvernement intérimaire, ou il avoue avoir vécu essentiellement aux frais de l'homme D'affaires Félicien Kabuga, principal actionnaire de la RTLM. Il avait falsifié son identité et s'appelait Trevor Mac Cusker, parce qu'il savait qu'il était recherché, a-t-il expliqué. "A l'époque, je n'avais pas les moyens de dire le contraire. J'étais dépendant. Je n'avais encore pas compris que je pouvais me détacher de ceux qui parlaient pour la RTLM et dire la vérité".

Georges Ruggiu a été arrêté en juillet 1997 par le TPIR et a D'abord plaidé non coupable. Au mois de mai 2000, il a été autorisé à changer de plaidoyer et a reconnu avoir incité au génocide.

Me Biju-Duval s'est dit préoccupé par le rapport que ce témoin à charge entretient avec la vérité, mettant ainsi en doute sa crédibiblité. l'avocat français a par ailleurs confronté Georges Ruggiu à des déclarations qu'il avait faites aux enquêteurs du TPIR après son arrestation. Georges Ruggiu avait alors affirmé que pendant le génocide, les journalistes de la RTLM n'avaient obéi qu'au directeur général Phocas Habimana et au rédacteur en chef Gaspard Gahigi. "Ferdinand Nahimana n'était pas là. Il n'est venu qu'une fois à Kigali. Il est resté pendant une demi-journée. Il est allé se cacher dans un hôtel. Il avait peur. Le lendemain il est reparti", avait déclaré en substance Ruggiu.

Or, dans son témoignage devant la Cour, Georges Ruggiu a allégué que Ferdinand Nahimana contrôlait la RTLM avant et pendant le génocide. Georges Ruggiu a expliqué que lors de son premier entretien avec les enquêteurs : "à ma connaissance, ils [Phocas Habimana et Gaspard Gahigi] n'étaient plus vivants; je pouvais donc incriminer les morts".

Georges Ruggiu n'a cependant pas pu expliquer comment, au cours du même entretien, il avait incriminé plusieurs personnes qu'il savait encore en vie, dont le chef D'Etat major de l'ex-armée rwandaise, le général Augustin Bizimungu.

Ferdinand Nahimana est coaccusé avec l'ancien conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité D'initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza, ainsi que l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze. Le témoignage de Georges Ruggiu se poursuit vendredi matin.

AT/GF/FH (Me-0228A)