18.02.2002 - TPIR/MEDIAS - NAHIMANA,"CHEF DES PROMOTEURS" DE LA RTLM, SELON UN TEMOIN.

Arusha 18 février 2002 (FH) - Ferdinand Nahimana aurait été présenté comme le "chef des promoteurs" de la Radio-télévision libre des Mille collines (RTLM) lors de son assemblée constituante, a déclaré un témoin de l'accusation, lundi, dans le procès des anciens responsables des "médias de la haine" en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Cette assemblée, tenue "dans le premier trimestre de l'année 1993", a été ouverte par le principal actionnaire du projet RTLM, l'homme D'affaires Félicien Kabuga, a indiqué le trente-neuvième témoin de l'accusation.

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Désigné par la lettre "X" pour protéger son anonymat, le témoin dépose par vidéoconférence à partir de la Haye (Pays Bas), siège du Tribunal de l'ONU pour l'ex-Yougoslavie.

"M. Kabuga a remercié Nahimana Ferdinand D'avoir pensé (sic) pour la création de la RTLM et nous a dit que Nahimana était un homme D'expérience, qu'il avait déjà été directeur de l'ORINFOR [Office rwandais D'information] et l'a remercié de cette initiative", a affirmé M.X. "Il a dit que le chef des promoteurs était Nahimana Ferdinand", a-t-il poursuivi.

Le témoin a indiqué que le comité qui dirigeait ladite réunion était composé, outre de Kabuga et Nahimana, de Jean-Bosco Barayagwiza, présenté comme "responsable des relations publiques", Ephrem Nkezabera, comme "financier de la RTLM", Joseph Serugendo comme "responsable du service technique", et Phocas Habimana, comme "coordinateur".

M. X a rapporté que l'assemblée constituante avait reconduit ce comité D'initiative, en attendant une autre réunion qui était prévue en avril 1994. Cette réunion n'a jamais eu lieu.

La RTLM a commencé ses émissions en août 1993 avec un personnel recruté par Ferdinand Nahimana, selon le témoin. "Ce sont des candidats qui avaient des problèmes à Radio Rwanda. Alors il en a profité pour les faire entrer à la RTLM", a-t-il dit. La RTLM avait un capital initial de vingt-cinq millions de francs rwandais (1 dollar américain équivalait à l'époque à 175 francs rwandais), a expliqué le témoin, ajoutant que la radio attendait un prêt de la Banque continentale africaine au Rwanda (BACAR).

La BACAR était dirigée par Pasteur Musabe, frère de l'ancien directeur de cabinet au ministère de la défense, le colonel Théoneste Bagosora, détenu au TPIR. Le témoin a affirmé que Pasteur Musabe faisait partie D'un groupe "qui avait une audience directe chez le président de la République du Rwanda", Juvénal Habyarimana.

M.X a allégué qu'en sa présence, Ferdinand Nahimana rencontrait régulièrement Pasteur Musabe et D'autres "autour D'un pot, une bière et une chèvre qu'on mangeait en discutant de notre parti, le MRND" [Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement]".

Ferdinand Nahimana a été directeur de l'ORINFOR entre fin 1990 et début 1992. Il aurait été proposé à ce poste par Protais Zigiranyirazo, un beau-frère du président Habyarimana, a dit le témoin. Protais Zigiranyirazo est également détenu à Arusha.

Ferdinand Nahimana est coaccusé avec Jean-Bosco Barayagwiza ainsi que l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze. Ils plaident non coupables. Dans sa déposition, le témoin ne devrait pas mentionner le nom de Hassan Ngeze.

Le parquet affirme que "la RTLM a été utilisée pour diffuser des émissions conçues pour provoquer la haine inter-ethnique et pour inciter la population à tuer et à commettre des actes de violence et de persécution à l'encontre de la population tutsie et à l'encontre D'autres personnes en raison de leur appartenance politique".
Le témoin a allégué qu'en avril 1994, des journalistes de la RTLM écrivaient sur un tableau noir des noms de personnalités tuées ou qui étaient encore recherchées. Le témoin a affirmé que lors de son passage au studio de la RTLM, c'était l'animateur italo-belge, Georges Ruggiu qui "tenait à jour la liste".
Georges Ruggiu a plaidé coupable devant le TPIR et devrait être le prochain témoin dans cette affaire. Se trouvait également sur les lieux "le journaliste Noël Hitimana et sa famille", a déclaré le témoin.

Selon M.X, "Si Nahimana n'était pas capable de donner des remarques à ces journalistes, il pouvait réunir le comité pour lui demander de prendre des mesures". l'audition de X se poursuit mardi matin. Présenté comme "un insider" par le parquet, la défense le suspecte D'avoir participé au génocide.

AT/GF/FH (ME-0218B )