11.02.2002 - TPIR/SEMANZA - LE PARQUET REPROCHE A UN TEMOIN DE NE PAS S'EN TENIR AUX FAITS

Arusha 11 février 2002 (FH) - Le parquet a reproché à un témoin des faits cité par la défense de Laurent Semanza, l'ancien maire de Bicumbi (province Kigali rurale, centre-est du Rwanda), de s'écarter de sa ligne de compétence.

Lundi, devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), le témoin Antoine Nyetera donnait son avis sur l'influence politique et la popularité de Laurent Semanza en 1994 dans la commune de Gikoro, voisine de Bicumbi.

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Spécialiste en beaux arts, Antoine Nyetera avait D'abord été pressenti comme témoin expert, mais le tribunal lui a refusé ce statut.

"Chaque commune était autonome, gérée par son propre bourgmestre [maire], investi par le ministre de l'intérieur et la présidence", a déclaré le témoin. "Aucun bourgmestre ne pouvait ni influencer, ni commander quoi que ce soit dans une commune autre que la sienne", a-t-il ajouté. "Ce témoin donne des avis comme s'il était politologue ou expert", a objecté le substitut canado-nigerian du procureur, Chile Eboe-Osuji, soulignant : "il est censé connaître des faits ou des éléments relatifs aux événements de l'époque".

Le représentant du parquet a fondé son objection sur le fait que le témoin n'était ni à Gikoro ni à Bicumbi au moment des faits reprochés à l'accusé. Laurent Semanza est poursuivi pour des massacres de Tutsis à Gikoro et à Bicumbi. Il plaide non coupable.

"Il y a une ligne délicate entre ce que peut dire un témoin des faits et un témoin expert", a pour sa part fait remarquer le juge de Saint Kitts et Nevis, George Williams, à l'endroit de l'avocat béninois, Me Sadikou Alao, co-conseil de Laurent Semanza qui conduisait l'interrogatoire du témoin. "Soyez prudent, ne dépassez pas cette ligne", a ordonné le juge.

Fondant presque en larmes, le témoin a déclaré : "Pardonnez-moi mes émotions M.le président, J'ai été lésé par ce qui s'est passé, et c'est à ce titre que J'ai fait des investigations sur les événements qui ont endeuillé le Rwanda". Antoine Nyetera a produit un rapport sur la situation socio-politique et culturelle du Rwanda qui n'a pas été examiné par la cour.

"Ce témoin est censé connaître la situation du Rwanda, il peut répondre aux questions, il reviendra à la chambre de trancher", a pour sa part indiqué le juge russe,Yakov Ostrovsky, qui dirige les débats.

A la question de savoir si Laurent Semanza pouvait donner des ordres à des membres des forces armées, le témoin a éclaté de rire. "Je m'excuse, tantôt J'avais l'émotion, mais maintenant, je reprends mes esprits", a-t-il dit, expliquant : "Un bougmestre n'avait aucune autorité sur l'armée, même pas un ministre autre que celui de la défense", a-t-il dit. Cette observation a suscité la réaction du juge Williams: "Nous tombons encore dans le domaine de l'expertise", a-t-il averti.

Des témoins de l'accusation ont affirmé que Semanza était resté politiquement très influent à Bicumbi et à Gikoro en 1994, alors qu'il n'était plus bourgmestre, et qu'il pouvait même donner des ordres aux militaires et aux milices civiles.

Le témoin a ajouté : "D'après ce que J'ai entendu, Semanza aurait quitté Bicumbi le 8 avril (1994) avec sa famille, vers Gitarama". Le parquet allègue que Laurent Semanza était dans la région en avril 1994, et qu'il a participé aux massacres de Tutsis.

La déposition D'Antoine Nyetera, avant-dernier témoin dans cette affaire, se poursuivra mardi. Laurent Semanza devrait également témoigner pour sa propre cause.

Le procès se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR, comprenant outre les juges Ostrovsky et Williams, le juge slovène Pavel Dolenc.

GA/AT/GF/FH (SE-0211a)