08.02.2002 - TPIR/NTAKIRUTIMANA - LE FPR DEVRAIT ACCEPTER SA RESPONSABILITE DANS LE GENOCIDE, SELON

Arusha 8 février 2002 (FH) - Le Front patriotique rwandais (FPR), actuellement au pouvoir à Kigali, devrait accepter sa responsabilité dans le génocide de 1994, a déclaré l'ancien premier rwandais, Faustin Twagiramungu, au cours D'une interview accordée à l'agence Hirondelle.

"Je crois que nous avons tous des responsabilités dans ce qui s'est passé au Rwanda.

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Il faudrait que le FPR accepte aussi qu'il a commis des crimes, et qu'il a tué des Rwandais, si même il ne veut pas avouer qu'il a tué des Hutus."

l'ancien premier ministre s'exprimait au terme de sa déposition devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), en tant que témoin de la défense dans le procès du pasteur adventiste Elizaphan Ntakirutimana, coaccusé de génocide avec un de ses fils.

Faustin Twagiramungu, un Hutu modéré, dirigeait avant 1994 le Mouvement démocratique républicain (MDR), un parti D'opposition à l'ex-président Juvénal Habyarimana. Premier ministre désigné au terme des accords de paix signés à Arusha en août 1993, il n'était cependant devenu chef du gouvernement qu'après la victoire du FPR qui avait mis fin au génocide, en juillet 1994. Par la suite, il avait démissionné de son poste après avoir dénoncé des atrocités commises par l'armée à l'encontre des civils.

"Préparation mais pas planification"

Faustin Twagiramungu a déclaré devant le TPIR qu'il croyait que des extrémistes hutus membres de l'ancien régime rwandais avaient fait des préparatifs en vue D'éliminer des membres de l'opposition, Hutus et Tutsis confondus, mais qu'ils n'avaient pas planifié le génocide, déclenché par l'attentat contre l'avion qui transportait l'ex-président Habyarimana et son homologue burundais, Cyprien Ntaryamira.

"Il y a eu une préparation psychologique, quand les gens disaient "Tuzabatsemba tsemba", c'est-à-dire "nous allons exterminer tous ceux qui s'opposent au pouvoir du président Habyarimana". [...] Est-ce que ce plan a été mis à exécution parce qu'il y a eu l'assassinat du président Habyarimana et de ses collaborateurs ? Si oui, cela signifierait que les gens ayant conçu ce plan sont les mêmes que ceux qui ont abattu l'avion. Or, il est prouvé aujourD'hui que ce ne sont pas, malheureusement, eux qui l'auraient fait. Je dis alors qu'il faut absolument revoir ce que les gens ont déclaré, et que pour les Rwandais il faut absolument que l'on essaie de réécrire notre propre histoire." Faustin Twagiramungu, dans son témoignage devant la Cour, a indiqué qu'il suspectait le FPR D'avoir commis cet attentat.

Il a déclaré à l'agence Hirondelle que même si les extrémistes hutus n'avaient pas planifié le génocide du 6 avril 1994, cela ne signifiait pas qu'il ait été "spontané". l'ancien premier ministre a expliqué qu'il n'avait jamais nié que les massacres aient été dirigés par des membres de l'ex-armée à dominante hutue et du gouvernement intérimaire. "C'est pourquoi J'ai bien précisé que le gouvernement Kambanda doit assumer ses responsabilités. Des gens ont dirigé les tueries. Si l'on prétend qu'il y a un gouvernement, et que les gens s'entre-tuent sans que ce gouvernement ne les arrête, ou pire qu'il encourage les tueries afin de stopper le FPR, il faut que les membres de ce gouvernement assument. Je pense que je suis très précis sur cette question."

Jean Kambanda était premier ministre sous le gouvernement intérimaire mis en place le 9 avril 1994. Il a été condamné à l'emprisonnement à vie par le TPIR, après avoir plaidé coupable pour génocide et crimes contre l'humanité.

Pas seulement un génocide tutsI Faustin Twagiramungu a par ailleurs déclaré devant la Cour qu'il n'était pas D'accord pour dire que le génocide était dirigé contre les Tutsis seulement. Il a affirmé que tous les opposants au régime Habyarimana étaient ciblés, que des Hutus étaient également morts et que cela devait être reconnu. "On dit dans la presse, et dans certains livres, qu'il y a eu planification pour exterminer les Tutsis. J'ai bien précisé hier qu'il y avait eu un génocide des Tutsis et des gens de l'opposition. Sur des millions de Rwandais dans l'opposition, tous n'étaient pas Tutsis."

Il a regretté qu'il n'y ait jamais eu une enquête fiable sur le nombre des victimes. "Je n'accepterai jamais qu'on me dise qu'il y a eu un génocide des Tutsis uniquement, ce serait une trahison contre mes frères, et contre tous les autres Rwandais qui étaient avec moi, dans mon parti, ou dans D'autres partis et qui ont péri sous les machettes ou sous les houes de tous ces tueurs."

Interviewé par le procureur

Ayant témoigné pour la première fois pour la défense, Hirondelle à demandé à Faustin Twagiramungu s'il était également disposé à déposer pour la poursuite dans une autre affaire. Il a expliqué avoir déjà rencontré des membres du parquet, mais a déploré le manque de confidentialité au bureau du procureur. "En l'an 2000, J'ai rencontré une commission envoyée par le bureau du procureur et J'ai été interviewé pendant six heures, puis J'ai signé un document qui a été exhibé hier devant le Tribunal, afin D'essayer de relever des contradictions entre mes témoignages, ce qui ne s'est pas produit". J'ai regretté que ce document ait été distribué bien avant, il y a au moins six mois de ça. Le document circulait en effet en Belgique.… Je regrette le manque de confidentialité du bureau du procureur., a-t-il indiqué.

"Si aujourD'hui je suis venu ici, et qu'en l'an 2000 J'ai répondu aux questions du bureau du procureur, je ne vois pas pourquoi je ne répondrai pas à une invitation du procureur".

JC/AT/GF/FH (NT_0208A)