14.11.2001 - TPIR/BUTARE - l'EX-MAIRE DE NGOMA AVAIT BEAUCOUP D'AMIS TUTSIS, SELON SA DEFENSE

Arusha, le 14 novembre 2001(FH) - l'ex-maire de Ngoma, Joseph Kanyabashi, poursuivi pour génocide, avait beaucoup D'amis tutsis qu'il ne pouvait en ordonner la mise à mort, a fait valoir son avocat lors du contre-interrogatoire du quatrième témoin de l'accusation, mercredi, dans le procès de six personnes faisant partie du groupe Butare (sud du Rwanda) en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

l'avocat canadien, Me Michel Boyer, a suggéré au témoin que l'accusé avait été surnommé "Kanyabatutsi" "parce que beaucoup de ses amis à Butare étaient des Tutsis".

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Le parquet allègue que "dans la commune Ngoma, Joseph Kanyabashi, conformément à l'engagement qu'il avait pris lors du discours prononcé par le président [intérimaire] Théodore Sindikubwabo, a pris les mesures nécessaires pour que les Tutsis soient éliminés".

"Je pense que le surnommer Kanyabatutsi était plutôt une façon de le narguer parce que J'entendais dire qu'il était marié à une tutsie" a répondu le témoin. "Les Tutsi ont été tués dans la commune de Ngoma comme dans D'autres communes. Kanyabashi n'a aidé personne, même pas ce que vous appelez ses amis" a poursuivi le témoin.

Le témoin a donné l'exemple de l'ex-préfet de Butare, Jean Baptiste Habyalimana, [sans lien de parenté avec l'ancien président] assassiné en avril 1994, dont l'avocat disait qu'il travaillait en harmonie avec Kanyabashi. "A-t-il au moins caché ses enfants? Je pense que quelqu'un qui prétend être ton ami, peut au moins cacher tes enfants ou ta femme" a déclaré le témoin.

Me Michel Boyer a par ailleurs fait valoir que les communiqués diffusés dans la ville de Butare, appelant à la recherche de l'ennemi que le témoin a attribué à l'ex-maire de Ngoma lui étaient totalement étrangers. "Si tu n'étais pas caché, tu aurais vu que celui qui diffusait le communiqué était Callixte Kalimanzira, le représentant du ministère de l'intérieur" a fait valoir l'avocat.

Le témoin, un Tutsi qui se faisait passer pour un Hutu pendant le génocide de 1994 , a affirmé qu'il ne se cachait pas, parce qu'il détenait une carte D'identité portant la mention ethnique hutue.

La chambre a ordonné, sur demande de Me Boyer, qu'à son retour au Rwanda, le témoin retrouve la carte D'identité qu'il utilisait au moment des faits et qu'il a dit garder chez-lui, et qu'il la remette à la chambre par le biais du procureur. Me Boyer assiste son compatriote Me Michel Marchand dans la défense de Kanyabashi.

Sont concernés par le procès de Butare, outre Joseph Kanyabashi, l'ex-maire de Muganza Elie Ndayambaje, l'ex-mnistre de la famille et de la promotion féminine, Pauline Nyiramasuhuko, son fils Arsène Shalom Ntahobari, et les ex-préfets Sylvain Nsabimana et Alphonse Nteziryayo.

Comme lors de l'interrogatoire principal, le témoin a maintenu que Nteziryayo donnait des ordres de tuer les Tutsis.
Répondant aux questions de l'avocat canadien Me Richard Perras, co-conseil de l'accusé Nteziryayo, le témoin a affirmé que Nteziryayo était l'adjoint du chef des miliciens Interahamwe au niveau national, Robert Kajuga, qui logeait dans le même hôtel que lui à Butare. "Je le dis en me basant sur les ordres qu'il donnait aux Interahamwe qui gardaient Kajuga, et que ces derniers observaient", a-t-il dit. Ce témoignage s'est déroulé en grande partie à huis clos.

Le procès Butare se déroule devant la deuxième chambre de première instance du TPIR présidée par le juge tanzanien William Hussein Sekule, et composée en outre des juges malgache Arlette Ramaroson, et lesothan Winston Churchill Mtanzima Maqutu.
BN/AT/DO/FH(BT_1114A)