31.10.2001 - TPIR/NTAKIRUTIMANA - UN TEMOIN EXPERT DEPOSE SUR LE ROLE DES EGLISES PENDANT LE GENOCID

Arusha, le 31 octobre 2001(FH) - Un témoin expert du parquet a évoqué le rôle des églises pendant le génocide en commençant sa déposition ,mercredi, dans le procès D'un ancien pasteur adventiste coaccusé avec son fils, en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Le témoin, le dix-huitième et avant dernier sur les vingt quatre initialement annoncés, est un journaliste canadien basé au Zimbabwe.

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Hugh Mc Cullam, 70 ans, a quarante ans D'expérience dans sa profession et "travaille pour diverses églises au Canada, en Afrique et au niveau international".

Après un séjour au Rwanda et dans Ies camps de réfugiés hutus de l'ex-Zaïre en 1994, Mc Cullam a écrit l'ouvrage "Les anges nous ont abandonnés". "Les gens peuvent en déduire qu'il s'agit D'un exposé sur le rôle très négatif que les églises ont joué pendant le génocide au Rwanda", a-t-il commenté.

l'un des accusés, Elizaphan Ntakirutimana, était pasteur à l'église adventiste de Mugonero (préfecture de Kibuye, ouest du Rwanda) tandis que son fils, Gérard Ntakirutimana, était médecin dans un hôpital géré par cette église.

Le témoin a indiqué avoir reçu un prix, au Canada, pour sa réflexion sur "l'échec des églises pendant le génocide" qui a fait environ huit cent mille morts parmi les Tutsis et les opposants hutus en l'espace de trois mois.

l'expert du parquet a affirmé que les pasteurs n'ont pas respecté les principes de la religion et ont à cet effet "commis de graves injustices".

Elizaphan et Gérard Ntakirutimana sont poursuivis pour des massacres de Tutsis à Mugonero et dans les collines avoisinantes de Bisesero. Ils plaident non coupables.

Dans sa déclaration liminaire, à l'ouverture du procès le 18 septembre dernier, le substitut nigérian du procureur, Charles Adeogun-Philips, avait allégué qu'hormis le gouvernement, l'église était l'institution la plus puissante au Rwanda. "Les instances de l'église ont au mieux montré leur inutilité et au pire leur complicité dans le génocide", a-t-il déclaré.

La poursuite a soutenu que certains pasteurs ont notamment révélé des cachettes des Tutsis persécutés, refusé de leur donner asile ou passaient des heures dans des réunions avec des hommes politiques compromis dans des massacres.

l'avocat D'Elizaphan Ntakirutimana, un ancien procureur général des Etats Unis, Me Ramsey Clark, et son compatriote, Me Edward Medvene, qui représente Gérard Ntakirutimana, ont plaidé que "les charges retenues contre ces deux hommes n'ont aucun sens".

Me Clark a présenté l'ancien pasteur comme "un conciliateur" et "un pacificateur", qui n'a jamais pratiqué la discrimination basée sur l'ethnie. "C'était un homme honnête pendant toute cette période de tourmente", a-t-il souligné, ajoutant qu'un pasteur, fût-il aimé et respecté, n'aurait pu faire quoi que ce soit pour arrêter ces massacres.

La déposition de Mc Cullam se poursuit jeudi matin.

AT/PHD/FH (NT_1031A)