31.10.2001 - TPIR/BUTARE - LES DIRIGEANTS N’ONT RIEN FAIT POUR PROTEGER LES TUTSIS, SELON UN TEMOIN

Arusha, le 30 octobre 2001(FH) - Les anciens dirigeants de Butare (sud du Rwanda) n’ont pris aucune mesure pour protéger les Tutsis réfugiés au bureau de cette préfecture en 1994, a affirmé un témoin de l’accusation dans le procès de six personnes accusées de crimes commis dans cette localité, en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Le troisième témoin du parquet, une rescapée tutsie désignée sous le pseudonyme "TA" pour protéger son anonymat , a indiqué que plusieurs Tutsis qui avaient cherché refuge au bureau préfectoral de Butare ont été abandonnés à eux-mêmes et régulièrement attaqués par les miliciens, au vu et au su des autorités.

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Les dirigeants incriminés par le témoin sont l’ex-préfet de Butare Alphonse Nteziryayo, l'ex-maire de Ngoma Joseph Kanyabashi, et l’ancien ministre de la famille et de la promotion féminine, Pauline Nyiramasuhuko, originaire de cette préfecture.

Outre ces trois personnalités, le procès Butare concerne aussi le fils de Nyiramasuhuko, Arsène Shalom Ntahobali, un autre ex-préfet de Butare Sylvain Nsabimana, et l’ex-maire de Muganza, Elie Ndayambaje.

Le troisième témoin du parquet a déclaré que «le préfet Nteziryayo passait souvent au bureau et repartait sans rien faire pour sauver les réfugiés ou du moins leur venir en aide».

Mme TA a affirmé que les autorités préfectorales avaient par ailleurs fait fermer les toilettes afin qu'elles ne soient pas utilisées par les réfugiés. Ils auraient également interdit aux Tutsis de se mettre à l’abri de la pluie dans les vérandas du bureau préfectoral.

Suite à l'insanité qui régnait au bureau préfectoral, vers le mois de juin 1994, les autorités auraient décidé de déplacer les réfugiés vers la colline de Rango (en commune Ngoma), où ils ont été attaqués par des miliciens, a dit TA

Le témoin a déclaré avoir vu plusieurs fois Pauline Nyiramasuhuko et son fils conduire des miliciens, à bord d’un véhicule, au bureau préfectoral.

"Les Interahamwe débarquaient et se mettaient à frapper les réfugiés à l’aide des gourdins et des massues cloutées, à les découper à l’aide des machettes, à en violer les femmes, à en tuer alors que d’autres étaient emportés vers des destinations inconnues", a indiqué TA.

"Apparemment ces Interahamwe étaient dirigés par Nyiramasuhuko et son fils Shalom" a-t-elle poursuivi.

BN/AT/FH(BT_1030A)