27.09.2001 - TPIR/NDINDABAHIZI - LES CHARGES RETENUES CONTRE l'ANCIEN MINISTRE DES FINANCES

Arusha, le 27 septembre 2001(FH)- l'ancien ministre des finances sous le gouvernement intérimaire, Emmanuel Ndindabahizi, transféré à Arusha mardi soir, répond de cinq chefs de génocide et de crimes contre l'humanité. Le parquet allègue que "de la première semaine du mois D'avril 1994, tout au long du mois de mai et jusqu'en juin 1994, Emmanuel Ndindabahizi a dirigé une campagne D'extermination contre la population civile identifiée comme étant tutsie dans la préfecture de Kibuye.

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[ouest du Rwanda] Cette campagne était menée principalement dans la région où Emmanuel Ndindabahizi a passé son enfance et a gravi les échelons de l'administration politique locale et régionale pour devenir ministre".

Emmanuel Ndindabahizi, 51 ans, est originaire de la commune Gitesi, en préfecture de Kibuye.

La poursuite affirme que l'accusé a parcouru plusieurs communes de Kibuye en donnant pour instructions aux agents de l'administration locale et aux miliciens, de tuer les Tutsis

Au cours des mois D'avril à juin 1994, Emmanuel Ndindabahizi aurait "personnellement contrôlé, visité ou supervisé plusieurs barrages routiers en vue de faciliter la distribution des armes, y compris des machettes et des grenades, et a participé à l'organisation de convois D'Interahamwe [miliciens de l'ex-parti présidentiel MRND] dans le but de renforcer les milices civiles aux lieux D'attaques D'envergure" soutient le procureur.

Le ou vers le 9 avril 1994, l'accusé se serait adressé à une foule à un barrage routier dans la cellule de Gasharu en commune Gitesi, dont le chef des miliciens du nom de Joël Ndabukiye et l'aurait exhorté à tuer les Tutsi en désignant expressément une enseignante tutsi nommée Titiane Nyiramaritete qui avait pourtant donné du bétail pour être épargnée, selon le parquet.

" Le même jour ou peut-être le lendemain, Joel Ndabukiye et sa suite D'Interahamwe ont trouvé Nyiramaritete dans un champ près de sa maison et l'ont tuée suivant en cela l'appel lancé publiquement par Emmanuel Ndindabahizi" affirme la poursuite.

A un barrage routier au lieu-dit Gaseke, l'accusé se serait adressé à ceux qui le tenaient en ces termes:"De nombreux Tutsis passent par ici, pourquoi ne les tuez-vous pas?".

"Immédiatement après le départ D'Emmanuel Ndindabahizi, les hommes au barrage routier ont tué une personne qui se trouvait à bord D'un véhicule qui s'était approché du barrage routier" affirme le procureur.

l'accusation allègue en outre que l'ancien ministre a appelé au massacre des femmes tutsies mariées aux Hutus. A un barrage routier, l'accusé aurait déclaré en substance:"Est-ce que ça va? Avez-vous tué les Tutsies mariées aux Hutus? Allez les tuer. Elles risquent de vous empoisonner. Prenez les armes."

Emmanuel Ndindabahizi aurait par ailleurs dirigé des attaques ou y aurait directement participé "en faisant personnellement usage D'armes ou en distribuant et en donnant des instructions D'en faire usage, et en acheminant des assaillants et des armes aux lieux où les attaques étaient perpétrées", notamment sur la colline de Gitwa dans la région de Bisesero.

Bisesero est une région de forêts et de montagnes en préfecture de Kibuye où plusieurs Tutsis persécutés avaient cherché refuge entre avril et juin 1994.

Le parquet reproche également à l'ancien ministre D'être demeuré au gouvernement intérimaire "à une époque où la politique de ce gouvernement consistait , entre autres actes, à armer et encourager la formation des milices civiles, à dresser des barrages routiers afin de contenir les mouvements internes des réfugiés tutsis et à qualifier le Tutsi D'ennemi et à le prendre pour cible comme tel".

Il lui est à ce propos reproché D'avoir pris la parole au cours D'une réunion publique organisée dans la ville de Kibuye le 3 mai 1994, réunion à laquelle ont participé plusieurs membres du gouvernement intérimaire, dont le premier ministre Jean Kambanda, cautionnant ainsi l'action et la politique de ce gouvernement.

"Emmanuel Ndindabahizi, de par sa position D'autorité et agissant de concert avec D'autres, a participé à la planification, la préparation ou à l'exécution D'une stratégie, D'un plan ou D'un dessein commun visant à exterminer les Tutsis, par les actes positifs qu'il a posés ou par le biais de personnes qu'il a assistées ou par ses subordonnés, en toute connaissance de cause" conclut l'accusation.

l'ancien ministre a été arrêté en Belgique le 12 juillet dernier. Il devrait faire sa comparution initiale très prochainement.

BN/AT/PHD/FH (NB_0927A)