26.09.2001 - TPIR/CYANGUGU - LA DEFENSE INVOQUE UN ALIBI POUR UN ANCIEN PREFET

Arusha, le 26 septembre 2001 (FH) - l'avocat de l'ancien préfet de Cyangugu (sud-ouest du Rwanda), Emmanuel Bagambiki, a invoqué un alibi lors du contre-interrogatoire D'un témoin de l'accusation entendu mardi et mercredi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

l'avocat belge, Me Vincent Lurquin, qui représente l'ancien préfet Bagambiki, a indiqué que le 7 avril 1994, l'accusé ne pouvait se trouver à Bugarama (44 km au sud de Cyangugu) comme l'affirmait le quarantième témoin du parquet, puisque il dirigeait une réunion de haut niveau au bureau de la préfecture.

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Désigné sous le pseudonyme "LAI" pour protéger son identité, le témoin, un Hutu détenu au Rwanda pour génocide, a déclaré qu'au lendemain de l'attentat contre l'avion de l'ex-président rwandais, Juvénal Habyarimana, Emanuel Bagambiki et un de ses coaccusés, l'ancien commandant de la garnison militaire de la place, le lieutenant Samuel Imanishimwe, se sont rendus à la riziculture de Kabusunzu à Bugarama pour une réunion avec la population.

Samuel Imanishimwe aurait à cette occasion ordonné aux militaires de ne pas s'opposer aux Interahamwe (miliciens de l'ex-parti présidentiel) qui s'apprêtaient à massacrer les Tutsis dans le voisinage. Imanishimwe aurait lui-même tiré sur une personne.

"J'ai vu personnellement Bagambiki porter un fusil de type Uzi" a poursuivi le témoin. Réagissant à l'alibi développé par Me Lurquin, le témoin a indiqué, un tantinet fâché, :"je le sais en tant que Rwandais, s'il (l'avocat) était au Rwanda à ce moment-là, il peut le dire à la cour".

Le juge de Saint Kitts et Nevis George Williams, qui préside les débats, est intervenu à plusieurs reprises pour tempérer l'ardeur du témoin, exigeant qu'il réponde aux questions sans faire de commentaires. "Dites au témoin qu'il n'a pas à faire la leçon au conseil", a fait remarquer le juge Williams, par interprète kinyarwandophone interposé.

Emmanuel Bagambiki et Samuel Imanishimwe sont coaccusés avec l'ancien ministre des transports et communications sous le gouvernement intérimaire, André Ntagerura. Ils plaident non coupables.

Me Lurquin a par ailleurs relevé une série de contradictions entre la déposition de LAI et ses déclarations antérieures recueillies par des enquêteurs du parquet. l'avocat belge lui a par exemple demandé s'il pouvait confirmer avoir vu Bagambiki arriver à Bugarama le 28 janvier 1994 à bord D'un hélicoptère chargé D'armes. Ces armes auraient été utilisées pendant le génocide anti-tutsi et les massacres D'opposants qui ont eu lieu trois mois plus tard.

Au cours de l'interrogatoire principal, LAI avait signalé que les trois accusés étaient venus ensemble à bord D'un hélicoptère, contredisant ainsi une première version des faits selon laquelle André Ntagerura était arrivé seul, mais que Bagambiki figurait parmi les personnalités qui étaient venues l'accueillir.

Interrogé sur cette contradiction, le témoin a répondu que "les enquêteurs m'avaient demandé quelles personnalités étaient présentes", réfutant ipso facto la déclaration mise en exergue par l'avocat belge. "Allez-vous me dire que vous accordez plus de valeur à ces documents qu'à moi"?, a demandé le témoin.

La déposition de LAI avait été interrompue la semaine dernière pour faire place à celle D'un expert, le professeur français André Guichaoua.

Le procès du groupe Cyangugu se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR, comprenant outre le juge Williams, les juges, russe Yakov Ostrovsky, et slovène Pavel Dolenc.

GA/AT/PHD/FH (CY_0926A)