22.09.2001 - TPIR/RUKUNDO - ACTE D'ACCUSATION CONTRE l'ABBE EMMANUEL RUKUNDO

Arusha, le 22 septembre 2001 (FH) - l'abbé Emmanuel Rukundo, transféré jeudi dernier au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) à partir de la Suisse, répond de quatre chefs de génocide et de crimes contre l'humanité.

Né à Kabgayi (préfecture Gitarama, centre du Rwanda) en 1959, l'accusé a été aumônier militaire à Ruhengeri (nord du Rwanda) et à Kigali, la capitale.

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Le parquet allègue que "Emmanuel Rukundo était un extrémiste notoire". Selon l'acte D'accusation, "il haïssait les Tutsis. Depuis environ 1973 ou vers cette date, il combattait ses collègues tutsis au petit séminaire de Kabgayi". La poursuite affirme que "à partir de 1990, Emmanuel Rukundo a dénoncé, à plusieurs reprises, des Tutsis aux autorités rwandaises en leur collant l'étiquette D'Inkontanyi [complices de la rébellion]".

Le parquet ajoute que "en février 1994 ou vers cette période, pour protester contre les accords D'Arusha, Emmanuel Rukundo, qui avait fait sienne l'idéologie extrémiste des Hutus, a participé aux campagnes de mobilisation des Hutus contre les Tutsis et a déclaré à l'époque que les Tutsis sont des gens qu'il faut détruire, nous devons les combattre par tous les moyens."

Au cours des mois D'avril et de mai 1994, l'accusé aurait traqué les Tutsis réfugiés à Kabgayi et remis des listes aux militaires et aux miliciens qui emmenaient les personnes ainsi recensées pour les tuer. "Emmanuel Rukundo a ordonné de rechercher les Tutsis, et incité, ou aidé et encouragé à rechercher des Tutsis, en procédant à des fouilles systématiques, maison par maison, et en visitant les locaux du diocèse de Kabgayi et de la paroisse de Gitarama, afin D'identifier les Tutsis recensés pour être mis à mort", affirme le procureur.

l'accusation ajoute que "au mois de mai 1994, Emmanuel Rukundo s'est rendu plusieurs fois au couvent des soeurs de Butare [sud du Rwanda] aux fins D'y traquer les Tutsis encore en vie et de les tuer. En cette circonstance, il a déclaré que les prêtres Niyonshuti Célestin, Tharcisse et Callixte Musonera; le père Martin, et soeur Bénigne, entre autres, avaient déjà été éliminés; et qu'il recherchait les autres prêtres, et que le prêtre Alphonse Mbuguje avait déjà été localisé. Le prêtre Alphonse Mbuguje a été déniché au diocèse de Cyangugu [sud-ouest du Rwanda], puis tué."

Emmanuel Rukundo a quitté le Rwanda après la victoire du Front patriotique rwandais (FPR) en juillet en 1994 puis s'est réfugié en Suisse. Le parquet allègue que pendant son exil, alors qu'il était interrogé sur les conséquences qu'ont eu les événements de 1994 sur les Tutsis, Emmanuel Rukundo aurait répondu que "c'est de leur faute, ils n'ont eu que ce qu'ils méritaient".

Emmanuel Rukundo a été arrêté en Suisse le 12 juillet dernier et détenu à la prison genevoise de Champ-Dollon. Il s'est D'abord opposé à son extradition mais le Tribunal fédéral (Cour suprême helvétique) l'a débouté. Le prélat plaidait que le TPIR est "une juridiction incapable de respecter les garanties de procès équitable en raison des dysfonctionnements graves qui l'affectent", a rapporté l'Agence télégraphique suisse (ATS).

Le Tribunal fédéral a écarté le grief, même s'il a admis que "la situation du TPIR est préoccupante", selon la même source. LaCour suprême suisse a relevé que le greffier a pris des mesures pour remédier aux difficultés de fonctionnement. et que "rien ne permet de dire que le TPIR ne serait pas en mesure de s'acquitter de sa mission."

Emmanuel Rukundo travaillait depuis 1999 comme vicaire à la paroisse Saint-Paul, sur la commune de Collogny à Genève. C'est le premier prêtre catholique détenu par le TPIR. Un second prêtre rwandais résidant en Italie est cependant déjà inculpé. Le parquet demande qu'il soit arrêté et transféré à Arusha pour être jugé.

AT/PHD/FH (RK_0922A)