10.09.2001 - TPIR/CYANGUGU - l'ANCIEN COMMANDANT IMANISHIMWE ACCUSE DE CANNIBALISME

Arusha, le 10 septembre, 2001 (FH) - Un témoin du parquet a affirmé avoir vu un militaire accusé de génocide manger de la chair humaine, dans sa déposition lundi lors du procès du groupe Cyangugu (sud-ouest du Rwanda) en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Désigné sous le pseudonyme "LAP" pour protéger son anonymat, le témoin est un Hutu âgé de 32 ans, détenu au Rwanda pour génocide.

2 min 12Temps de lecture approximatif

Le témoin LAP a affirmé avoir vu l'ancien commandant de la garnison militaire de Cyangugu, Samuel Imanishimwe, un des coaccusés, "commencer le rite de manger la chair humaine". l'ex-commandant aurait mangé la chair D'une des personnes tuées à proximité D'une barrière érigée au lieu-dit Gatandara, le 14 avril 1994.

"Il nous a donné l'exemple, il a mangé le cœur et le foie (de la victime) grillés sous forme de brochettes et nous avons fait de même", a déclaré le témoin qui s'exprimait dans sa langue maternelle, le kinyarwanda. "Nous avons consommé la chair D'une autre victime le 22 avril", a-t-il ajouté.

C'est la première fois qu'une personne jugée devant le TPIR est accusée de cannibalisme.

Outre Imanishimwe, le procès Cyangugu concerne l'ancien ministre des transports sous le gouvernement intérimaire, André Ntagerura, et l'ancien préfet de Cyangugu, Emmanuel Bagambiki.

M.LAP a affirmé que les 13, 14 et 22 avril 1994, des personnes, à majorité des hommes, ont été conduites à la barrière de Gatandara, où elles ont été exécutées. Les victimes auraient été acheminées sur les lieux par certaines autorités de Cyangugu, dont le préfet Emmanuel Bagambiki, Samuel Imanishimwe, ainsi que l'ancien substitut du procureur de la place, Siméon Nshamihigo.

Selon le témoin, Imanishimwe aurait tiré, à l'aide D'un pistolet, dans le sexe D'une femme qui s'opposait à ce qu'il la viole. La femme serait morte sur le champ.

Ancien enquêteur de la défense dans l'affaire Imanishimwe, Siméon Nshamihigo a été appréhendé en mai dernier dans les enceintes du TPIR. Il est détenu à Arusha en attente de jugement.

Le témoin a en outre affirmé qu'une semaine après l'attentat contre l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, les mêmes autorités de Cyangugu sont allées extraire des personnes tutsies réfugiées du stade Kamarampaka, les ont conduites dans un camp de gendarmerie et ont ordonné leur exécution.

Suspendu le 7 juin dernier, le procès Cyangugu qui devait reprendre lundi matin, n'a repris que dans l'après-midi, en raison de l'arrivée tardive du conseil principal de Bagambiki, le Belge Me Vincent Me Vincent Lurquin.

Avant la reprise, le représentant du parquet a soumis une requête en modification de l'ordre de comparution des témoins à charge. Il a plaidé que deux témoins experts, qui devaient précéder les témoins LAP et LAI, ne seront pas disponibles dans les délais initialement prévus. Lesdits témoins experts sont le Dr Lubambo et l'ancien procureur de Kigali, François-Xavier Nsanzuwera. Ce dernier a déjà témoigné dans plusieurs affaires au TPIR.

Le procès se déroule devant la troisième chambre de première instance présidée par le juge George Williams de St Kitts et Nevis, et comprenant en outre les juges russe Yakov Ostrovsky et slovène Pavel Dolenc. Mardi, LAP sera contre-interrogé par les avocats de la défense..

GA/AT/PHD/FH (CY_0910B)