28.08.2001 - TPIR/MEDIAS - UN AVOCAT CONTRARIE PAR LE MANQUE DE COOPERATION DE SON CLIENT

Arusha, le 28 août, 2001 (FH) - l'avocat de l'ancien conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité D'initiative de la Radio-télévision libre des Mille Collines (RTLM), Jean-Bosco Barayagwiza, s'est déclaré contrarié par le manque de coopération de son client, mardi, lors D'une audience dans le procès des anciens responsables des "médias de la haine" en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

l'avocat italien, Me Giacomo Barletta Caldarera, qui représente Jean-Bosco Barayagwiza contre son gré, s'exprimait peu avant le contre-interrogatoire du vingt-huitième de l'accusation, qui avait déposé contre son client.

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"Chaque matin quand je me lève, je me demande toujours si je dois faire mon devoir face à la chambre qui me l'a donné" et eu égard aux intérêts de mon client, s'est plaint Me Caldarera, qui jusqu'aujourD'hui n'a jamais rencontré Jean-Bosco Barayagwiza. "Chaque matin, je remets au lendemain tout programme et tout rêve", a-t-il ajouté.

Me Caldarera a été nommé au mois de février dernier pour représenter l'accusé, après que ses anciens défenseurs, la Canadienne Me Carmelle Marchessault et l'Américain Me David Danielson, se furent retirés de l'affaire pour des raisons de déontologie.

Jean-Bosco Barayagwiza a opté pour le boycott de son procès et a instruit ses avocats de faire de même, arguant que le TPIR est manipulé par le gouvernement rwandais.

Me Caldarera est assisté par un confrère béninois, Me Alfred Pognon. Le greffe a mis fin, il y a plusieurs mois, au contrat de travail de leur enquêteur rwandais.

C'est la troisième fois que Me Caldarera évoque sa situation en audience publique. l'avocat italien s'en était plaint lors du contre-interrogatoire du sixième témoin du parquet, le 15 février 2001, et au cours de la déposition de l'ancien procureur de Kigali, François-Xavier Nsanzuwera, au mois D'avril.

"Mes renseignements sont très limités et je m'excuse aussi auprès de M. Barayagwiza si je n'ai pu remplir mon devoir comme je l'aurais souhaité", avait indiqué Me Caldarera au cours de l'audience du 15 février, regrettant l'absence de communication avec l'accusé.

A la suite de la nomination de Me Caldarera, Jean-Bosco Barayagwiza avait écrit en se demandant:"Comment ce conseil compte-t-il défendre la justice en méconnaissant le dossier de l'accusé? Comment peut-il, même avec son génie extraordinaire, connaître le dossier sans le concours de l'accusé?"

Mardi, l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze, co-accusé dans ce procès, a offert "D'assister Me Caldarera, en lui donnant des informations", expliquant que "ce serait justice". Le Tribunal a indiqué que Me Caldarera pouvait rencontrer Hassan Ngeze, s'il le souhaitait, pendant la pause.

Désigné par les lettres "ABC" pour protéger son anonymat, le témoin a affirmé que Jean-Bosco Barayagwiza a dirigé le parti accusé D'extrémisme, la Coalition pour la défense de la République (CDR) après l'assassinat de son président, Martin Bucyana, en février 1994.

l'accusé aurait par ailleurs supervisé des barrages routiers au quartier Kiyovu dans la ville de Kigali, au mois D'avril et de mai 1994, à proximité desquels des Tutsis et des Hutus du Sud, non membres du parti CDR, ont été tués, selon ABC.

Me Caldarera a plaidé que ce témoin illettré ne connaissait pas la structure du parti CDR, ni n'avait vu nulle part Barayagwiza pendant la période des massacres, soulignant que l'accusé se trouvait à l'étranger.

Haut fonctionnaire, Jean-Bosco Barayagwiza a participé à plusieurs missions officielles à l'extérieur du Rwanda en 1994 et auparavant.

Jean-Bosco Barayagwiza et Hassan Ngeze sont coaccusés avec l'ancien promoteur de la RTLM, Ferdinand Nahimana. La déposition de ABC se poursuit mercredi matin.

AT/PHD/FH (ME_0828A)