11.06.2001 - TPIR/MEDIAS - NGEZE DEMANDE UNE NOUVELLE FOIS DE CONTRE-INTERROGER UN TEMOIN

Arusha 11 juin 2001 (FH) - l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze, a demandé une nouvelle fois de pouvoir contre-interroger lui-même un témoin du parquet dans le procès des anciens responsables des "médias de la haine", en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

La requête de Hassan Ngeze concerne le vingt-deuxième témoin qui dépose depuis lundi.

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"Je n'ai jamais eu une minute pour parler de ce témoin avec mes avocats. Je leur ai demandé de venir me voir vendredi et samedi, ils ne sont pas venus [..] Ils ne connaissent pas ce témoin. Le minimum que je demande, c'est D'avoir le droit de contre-interroger ce témoin ", a plaidé Hassan Ngeze.

l'accusé est en conflit permanent avec ses avocats, l'Américain Me John Floyd et le Canadien Me René Martel, et voudrait les remplacer par des conseils qu'il paierait lui-même. Sa demande est pendante devant la chambre de première instance.

La présidente de la chambre, la juge sud-africaine Navanethem Pillay, a indiqué que les juges ont pris note du souhait exprimé par Hassan Ngeze et qu'ils l'examineront après l'interrogatoire en chef du témoin. Me Floyd a pour sa part signalé qu'il avait une réponse à fournir relativement à la demande de son client mais qu'il aimerait le faire à huis clos et en l'absence du témoin.

Désigné sous le pseudonyme "AGX" pour protéger son anonymat, le vingt-deuxième témoin est un Tutsi âgé de 45 ans, qui résidait à Gisenyi (ouest du Rwanda), la ville qu'habitait également Hassan Ngeze. Le témoin a allégué qu'en 1993, Hassan Ngeze a projeté une cassette vidéo sur les massacres de Hutus par les Tutsis au Burundi et distribué des cartes du parti Coalition pour la défense de la république (CDR).

Le témoin a affirmé en outre qu'il a vu Hassan Ngeze se promener avec des hauts officiers de l'armée et qu'il en a déduit que ces derniers soutenaient son journal. Hassan Ngeze avait auparavant été emprisonné dans le même établissement que le témoin, le premier pour avoir écrit qu'un groupe armé allait attaquer le Rwanda à partir de l'extérieur, le second pour détournement de fonds. Hassan Ngeze a été libéré après l'attaque du Front patriotique rwandais (FPR, ex-rébellion à dominante tutsis) en octobre 1990 et il est devenu un homme "important", selon les dires du témoin qui s'exprimait en sa langue maternelle, le kinyarwanda.

M.AGX a indiqué qu'il a été emprisonné une seconde fois pendant deux mois en 1991 après avoir été "pointé du doigt", à savoir désigné comme "complice" du FPR, par Hassan Ngeze dans la revue Kangura. Le témoin a encore accusé Hassan Ngeze D'avoir ordonné au moins un assassinat en 1994, celui de Modeste Tabaro, un Tutsi de Gisenyi.

Hassan Ngeze est coaccusé avec l'ancien promoteur de la Radio-télévision libre des mille collines (RTLM), Ferdinand Nahimana, ainsi que l'ancien conseiller politique et membre du comité D'initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza. Jean-Bosco Barayagwiza boycotte ce procès depuis son ouverture sur le fond en octobre 2000, arguant que le TPIR est manipulé par le gouvernement rwandais.

Le mois dernier, Hassan Ngeze avait été autorisé à contre-interroger, à titre exceptionnel, le vingtième témoin de l'accusation, "EB" en attendant que soit réglée la question de sa représentation. La situation semble ne pas avoir beaucoup évolué depuis lors.

AT/PHD/FH (ME_0611A)