22.05.2001 - TPIR/MEDIAS - LA RTLM N’ETAIT PAS RELIEE A UN GROUPE ELECTROGENE DE LA PRESIDENCE

Arusha, le 22 mai 2001 (FH)- La Radio-télévision libre des Mille Collines (RTLM) n’était pas reliée à un groupe électrogène de la présidence rwandaise, a indiqué un témoin du parquet entendu mardi dans le procès des anciens responsables des "médias de la haine" en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

"A ma connaissance cela n’est pas exact", a répondu le vingt et unième témoin du parquet, lors de son contre-interrogatoire par la défense.

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Le témoin, Thomas Kamilindi, a été journaliste à l’Office rwandais d’information (ORINFOR) pendant dix ans et y travaillait quand Ferdinand Nahimana, un des coaccusés, en assurait la direction entre décembre 1990 et avril 1992.

Certains témoignages avaient laissé entendre qu’en cas de panne de courant, la RTLM était alimentée en énergie à partir d’un groupe électrogène installé à la présidence de la République.

Le témoin a affirmé que malgré la proximité géographique des deux immeubles, une telle connexion n’a pas existé. "Je n’ai pas vu de câbles reliant les deux bâtiments; je n’ai pas vu de traces de travaux sur la chaussée", a expliqué Thomas Kamilindi. La RTLM et la présidence de la République étaient séparées par une route macadamisée.

L’avocate anglaise Me Diana Ellis, co-conseil dans l’affaire de Ferdinand Nahimana, a suggéré que Thomas Kamilindi savait de quoi il parlait car il résidait près des deux bâtiments.

Promoteur de la RTLM, Ferdinand Nahimana est coaccusé avec l’ancien conseiller politique et membre du comité d’initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza, ainsi que l’ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze.

Le témoin a indiqué qu’il écoutait "sporadiquement" la RTLM. Il aurait même eu l’intention d’acheter deux parts au sein de la société qui gérait cette radio mais y a finalement renoncé, quand il a collecté des informations sur ses promoteurs, a-t-il dit. "Ce qui m’a démotivé, c’est que tous ces gens étaient des gens du bloc des radicaux, quelque part un peu extrémistes hutus" citant entre autres Ferdinand Nahimana , Jean-Bosco Barayagwiza, l’homme d’affaires en fuite Félicien Kabuga et le chef technique de Radio Rwanda à l’époque, Joseph Serugendo.

Me Ellis a fait référence à une interview réalisée par le témoin en 1999 avec une ancienne présentatrice à la RTLM détenue au Rwanda, Valérie Bemeriki, au cours de laquelle il aurait été déclaré que Ferdinand Nahimana et Jean-Bosco Barayagwiza n’avaient aucune fonction officielle au sein de la RTLM. Le témoin a maintenu que Ferdinand Nahimana en était "le cerveau".

Selon le journal officiel de la République rwandaise contenant la liste des suspects de génocide de "première catégorie", le directeur de la RTLM était Phocas Habimana tandis que Ferdinand Nahimana en était le chef des programmes.

Le parquet allègue qu’en 1994 des Tutsis et d’autres personnes ont été tuées ou ont subi des atteintes graves à leur intégrité physique ou mentale à cause des émissions de la RTLM. Me Ellis a soutenu que la RTLM pratiquait "un journalisme intéractif".

La déposition de Thomas Kamilindi se poursuit mercredi. Hassan Ngeze, par le biais d’un de ses avocats, a exprimé le désir de pouvoir contre-interroger le témoin mais sa requête a été rejetée.

AT/PHD/FH(ME_0522A)