17.05.2001 - TPIR/MEDIAS - HASSAN NGEZE CONTRE-INTERROGE EXCEPTIONNELLEMENT UN TEMOIN

Arusha, le 17 mai 2001 (FH) – L’ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze, a contre-interrogé un témoin de l’accusation, jeudi, dans le procès des anciens responsables des médias en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda(TPIR).

La présidente de la chambre, la juge sud-africaine Navanethem Pillay, a rappelé que l’accusé a été autorisé à contre-interroger le vingtième témoin du parquet en raison de "certaines circonstances exceptionnelles particulières à sa propre cause".

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Hassan Ngeze demande le remplacement de son équipe de défense actuelle par des avocats qu’il payerait lui-même. Il attend encore la réponse du greffe.

Vêtu d’une tunique grise à bordures jaunes, la tête couverte d’un keffieh bleu, l’ancien journaliste qui s’exprimait dans un assez bon anglais, a posé ses questions après celles de l'un de ses conseils actuels, le Canadien Me René Martel.

Hassan Ngeze a notamment posé des questions concernant la date de son arrestation par le TPIR, les distances entre le domicile du témoin et le lieu de rassemblement allégué des miliciens de l’ex-parti présidentiel, les Interahamwe, qui ont perpétré des massacres de Tutsis dans la ville de Gisenyi (nord-ouest du Rwanda) ainsi que des articles mettant en cause certains individus, publiés dans la revue Kangura.

L’accusé , à un moment donné, a demandé s’il existait au Rwanda "une école pour les témoins", laissant sous-entendre que la personne qu’il contre-interrogait ne disait pas la vérité. Le témoin a calmement répondu qu’une telle école n’existe pas, soulignant à la même occasion qu’il était venu dire la vérité.

Désigné par les lettres "EB" pour protéger son anonymat, le témoin a accusé Hassan Ngeze d’avoir participé aux massacres de Tutsis dans la ville de Gisenyi au lendemain de la mort de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994.

Me Martel a soutenu pour sa part que le 7 avril 1994, son client était en prison. Le substitut ivoirien du procureur, Alphonse Van, s’est élevé contre cette argumentation, plaidant que le développement d’une défense d’alibi répond à des règles spécifiques. Selon le règlement de procédure et de preuve du TPIR, "la défense informe le procureur de son intention d’invoquer un alibi, avec indication du lieu ou des lieux où l’accusé prétend s’être trouvé au moment des faits incriminés, des noms et adresses des témoins ainsi que de tous autres éléments de preuve sur lesquels l’accusé a l’intention de se fonder pour établir son alibi".

Le représentant du parquet avait d’abord tenté de s’opposer à ce que Hassan Ngeze contre-interroge le témoin, menaçant de "faire des objections multiples". Hassan Ngeze est le troisième accusé dans l’histoire du TPIR à être autorisé à contre-interroger lui-même un témoin, après l’ancien maire de Taba (préfecture de Gitarama, centre du Rwanda), Jean-Paul Akayesu, et l’ancien préfet de Cyangugu (sud-ouest du Rwanda), Emmanuel Bagambiki.

Le procès des médias concerne outre Hassan Ngeze, l’ancien promoteur de la Radio-télévision libre de Mille Collines (RTLM), Ferdinand Nahimana, ainsi que l’ancien conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité d’initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza. Jean-Bosco Barayagwiza boycotte ce procès depuis son ouverture sur le fond en octobre 2000, arguant que le TPIR est manipulé par le gouvernement rwandais.

Le procès se poursuit lundi prochain avec l’audition d’un nouveau témoin du parquet.

AT/PHD/FH(ME_0517A)