10.05.2001 - TPIR/CYANGUGU - l'EX-PREFET CONTRE-INTERROGE LUI-MEME UN TEMOIN A CHARGE

Arusha, le 10 mai, 2001 (FH)- l'ancien préfet de Cyangugu (sud-ouest du Rwanda), Emmanuel Bagambiki, a pu exceptionnellement contre-interroger lui-même un témoin qui déposait à charge contre lui, jeudi, devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

L’avocat principal, le Belge Me Vincent Lurquin, est absent pour des raisons de santé tandis que le co-conseil, le Canadien Me Luc Boutin, n’a plus la confiance de l’accusé.

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Pour ces motifs, Emmanuel Bagambiki a été autorisé à contre-interroger le vingt-troisième du parquet, désigné par les lettres "LC" pour protéger son anonymat, qui travaillait à la préfecture de Cyangugu en 1994 comme chauffeur.

l'accusé, qui se référait à lui-même à la troisième personne, a parfois posé des questions portant sur des détails à propos des événements qui se sont déroulés dans sa préfecture au moment des faits qui lui sont reprochés, amenant la Cour à lui signifier qu’il ne maîtrisait pas le règlement du Tribunal.

"Vous n'êtes pas au courant de notre règlement; le contre-interrogatoire se limite aux points évoqués dans l'interrogatoire principal", a relevé à une occasion le juge Yakov Ostrovsky, invitant l’accusé à ne pas aborder des aspects nouveaux.

La Cour avait rejeté récemment la requête d’Emmanuel Bagambiki demandant le retrait de Me Boutin, concédant néanmoins que l’accusé pouvait contre-interroger des témoins "comme une mesure D'exception, et pas comme une pratique".

"Nous avons fait montre de souplesse à votre égard, mais n'en abusez pas", a fait remarquer le juge président, George Williams de Saint-Kitts et Nevis, se plaignant des questions répétitives ou des commentaires de l’accusé.

Emmanuel Bagambiki est le deuxième accusé au TPIR à pouvoir contre-interroger lui-même un témoin à charge, après l’ancien maire de Taba (préfecture de Gitarama, centre du Rwanda), Jean-Paul Akayesu, en 1997. L’ancien maire contestait également les avocats commis d’office par le greffe.

Emmanuel Bagambiki est coaccusé avec l'ancien ministre des transports sous le gouvernement intérimaire, André Natgerura, ainsi que l'ancien commandant de la garnison militaire de Cyangugu, le lieutenant Samuel Imanishimwe. Ils sont poursuivis pour génocide et crimes contre l’humanité. Ils plaident non coupables.

GA/AT/PHD/FH (CY_0510a)