02.05.2001 - TPIR/MEDIAS - UN TEMOIN DU PARQUET ACCUSE DE GENERALISER

Arusha, le 2 mai 2001 (FH)- L’ancien procureur de Kigali, François-Xavier Nsanzuwera, cité comme témoin par l’accusation dans le procès des anciens responsables "des médias de la haine" a été accusé de généraliser lors de sa déposition, mercredi, devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

"Le témoin généralise.

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Il n’est au courant de rien" a soutenu l’avocat canadien Me René Martel, co-conseil dans l’affaire de l’ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze, un des coaccusés dans ce procès. "Le témoin théorise sur peu de pratique. Lui personnellement ne connaît rien", a poursuivi Me Martel .

L’avocat canadien se référait à des déclarations antérieures du témoin selon lesquelles Hassan Ngeze n’avait pas été poursuivi par la justice rwandaise à partir de mai 1991, selon une politique délibérée du parquet qui consistait à ne pas appréhender des journalistes sauf en cas de plaintes éventuelles de tiers. Me Martel a affirmé que son client Hassan Ngeze a été emprisonné notamment de décembre 1991 à mars 1992 ainsi que d’août 1992 à décembre 1992, exhibant un billet d’élargissement pour la première période.

Le témoin avait signalé qu’en février 1992, Hassan Ngeze, en compagnie d’un agent des services de renseignements, avait distribué une page de sa revue Kangura, au Bugesera (sud de Kigali) peu avant les massacres de Tutsis dans cette région, au début du mois suivant. Selon François-Xavier Nsanzuwera, la distribution de cette revue est un des éléments qui ont contribué au déclenchement des massacres.

Le témoin a répondu dans un cas qu’il ne se rappelait pas des événements concernés ni D'un emprisonnement, et dans l'autre cas, qu’il ne connaissait pas l’authenticité des documents présentés par la défense. "C’est possible qu’il ait été arrêté par d’autres services ou par mes adjoints, moi je n’en sais rien" a indiqué le témoin, en commentant le dossier de Hassan Ngeze. François-Xavier Nsanzuwera a ajouté qu’à un moment donné il est parti en stage en Europe.

Le débat a failli tourner au vinaigre quand Me Martel a qualifié ironiquement François-Xavier Nsanzuwera de "témoin professionnel". L’ancien procureur de Kigali a en effet comparu pour le compte du parquet dans deux affaires déjà jugées en première instance au TPIR et devrait être cité prochainement dans le procès de trois personnes accusées de génocide en préfecture de Cyangugu (sud-ouest du Rwanda), a-t-il indiqué.

François-Xavier Nsanzuwera a été également entendu par des juges d’instruction en France et en Belgique qui enquêtaient sur des Rwandais accusés de génocide ou de crimes contre l’humanité.

"Le respect que je dois à la Cour m’oblige à ne pas vous répondre de la manière que j’aurais souhaitée. Vos propos, qui vous engagent, sont pour moi inqualifiables", a dit le témoin. A l’avocat qui déclarait interpréter cette réponse comme une injure, le témoin a répliqué: "[une injure] à mon égard, oui".

Hassan Ngeze est coaccusé avec l’ancien promoteur de la Radio-télévision libre des Mille Collines (RTLM), Ferdinand Nahimana, ainsi que l’ancien conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité d’initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza. Jean-Bosco Barayagwiza boycotte ce procès depuis son ouverture sur le fond le 23 octobre 2000, arguant que le TPIR est manipulé par le gouvernement de Kigali.

François-Xavier Nsanzuwera témoigne depuis le 23 avril dernier. Me Martel a repris à son compte une remarque antérieurement émise par l’avocat français de Ferdinand Nahimana, Me Jean-Marie Biju-Duval, qui avait accusé le témoin de moduler ses dépositions en fonction des accusés en cause.

"Vous modelez votre témoignage selon le forum auquel vous vous adressez", a déclaré Me Martel. "Je n’accepte pas votre suggestion", a protesté le dix-septième témoin du parquet.

Me Martel a tenté de faire dire au témoin qu’il avait été ami de son client. "Ngeze n’était pas mon ami, mais un familier", a signalé le témoin. François-Xavier Nsanzuwera a ajouté qu’il l’avait à plusieurs reprises protégé contre les excès de la gendarmerie à Gisenyi (nord du Rwanda), quand il était procureur dans cette préfecture avant mai 1990. "A ce moment, il était victime de la gendarmerie, qui était un corps qui abusait de ses pouvoirs", a renchéri le témoin. François-Xavier Nsanzuwera a nié avoir écrit un quelconque article dans la revue Kangura.

Le témoin a en revanche indiqué avoir été un moment un admirateur du "discours unificateur" de l’ancien président rwandais, Juvénal Habyarimana, et que cela lui avait inspiré un poème en son honneur vers 1988 ou 1989, avant d’être déçu par sa politique vis-a vis des Tutsis à partir de 1990.

François-Xavier Nsanzuwera avait repris ses fonctions de procureur de Kigali après le génocide anti-tutsi de 1994. Il est resté en service de juillet 1994 à mars 1995. Depuis lors, il réside en Belgique. Le témoin a expliqué qu’il n’a pas voulu être "complice" des "arrestations massives, aveugles et injustes" opérées sous le régime du Front patriotique rwandais (FPR), actuellement au pouvoir à Kigali.

La déposition de François-Xavier Nsanzuwera se poursuivait mercredi dans l’après-midi.

AT/PHD/FH(ME_0502A)