25.04.2001 - TPIR/MEDIAS - UN ANCIEN PRESENTATEUR A LA RTLM CONDAMNE TEMOIGNERA PROCHAINEMENT

Arusha, le 25 avril 2001 (FH)- L’ancien présentateur italo-belge à la Radio-télévision libre des Mille Collines (RTLM), Georges Ruggiu, condamné à douze ans de prison pour incitation au génocide, témoignera prochainement pour le parquet dans le procès des anciens responsables des "médias de la haine" en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), a-t-on appris mercredi à Arusha. "Georges Ruggiu sera dans ce prétoire bientôt", a indiqué la représentante américaine du parquet, Simone Monasebian, au cours du contre-interrogatoire du dix-septième témoin de l’accusation, l’ancien procureur de Kigali, François-Xavier Nsanzuwera.

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Au cours de ce contre-interrogatoire, l’avocat français, Me Jean-Marie Biju-Duval, qui défend l’ancien promoteur de la RLM, Ferdinand Nahimana, un des coaccusés dans ce procès, a tenté de démontrer que son client n’était pas directeur de cette radio, contrairement à la déclaration du témoin. L’avocat se basait sur une lettre d’engagement de Georges Ruggiu à la RTLM. Selon le document, Georges Ruggiu a été embauché le 6 janvier 1994 par "le directeur général de la RTLM, Phocas Habimana".

François-Xavier Nsanzuwera avait indiqué qu’il avait assisté à une réunion au ministère de l’information en février 1994 à laquelle avait également pris part Ferdinand Nahimana en qualité de directeur de la RTLM. "M. Phocas Habimana était le directeur de la RTLM dans la première quinzaine du mois de février, au moment de la réunion, ce n’était pas Ferdinand Nahimana qui occupait cette fonction", a soutenu Me Biju-Duval.

"Le témoin fait erreur lorsqu’il indique avoir entendu M. Ferdinand Nahimana se présenter comme directeur de la RTLM et avoir été présent à cette réunion en cette qualité. Nous sommes au cœur de la déposition de ce témoin", a poursuivi l’avocat français, plaidant pour que la lettre d’engagement de Georges Ruggiu soit admise comme pièce à conviction de la défense.

Le parquet a quant à lui fait valoir que ce document datant de janvier 1994 ne pourrait prouver que Phocas Habimana dirigeait la RTLM le mois suivant. Le témoin a de son côté maintenu que Ferdinand Nahimana s’était présenté comme directeur de la RTLM, ajoutant cependant qu’il n’avait jamais vu l’organigramme de cette radio.

L’identité de celui qui dirigeait la RTLM oppose depuis longtemps le parquet à la défense, et ce sera sans aucun doute un des points d’ombre que les juges devront éclaircir au terme des débats, notent les observateurs.

Dans le dernier journal officiel de la République rwandaise contenant une liste actualisée des suspects de génocide anti-tutsi de la première catégorie, Phocas Habimana est présenté comme directeur de la RTLM. "Je connais Phocas Habimana, qui devait être membre du comité d’initiative de la RTLM. En ce qui concerne l’organigramme, je ne l’ai pas vu", a indiqué François-Xavier Nsanzuwera.

Le témoignage de l’ancien procureur de Kigali se poursuivait mercredi en fin de matinée. Il était toujours contre-interrogé par Me Biju-Duval. Dans l’après-midi, il répondra aux questions de l’avocat canadien, Me René Martel, qui représente l’ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze, ainsi que celles de l’Italien Me Giacomo Barletta Caldarera, qui défend l’ancien conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité d’initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza, qui sont coaccusés avec Ferdinand Nahimana.

Georges Ruggiu, qui comparaîtra prochainement, faisait initialement partie de ce procès, mais il en a été retiré quand il a décidé de plaider coupable. Il a été condamné par le TPIR le 1er juin 2000. La question n’est pas encore éclaircie de savoir si une ancienne animatrice de la RTLM détenue au Rwanda, Valérie Bemeriki, sera également citée comme témoin par l’une ou l’autre partie. Plusieurs autres collaborateurs de la RTLM, dont son rédacteur en chef, Gaspard Gahigi, les animateurs Noël Hitimana et Habimana Kantano, sont présumés morts.

Le parquet devrait clôturer la présentation de moyens de preuve au mois de juillet. La liste définitive de la trentaine de témoins de l’accusation qui restent à comparaître n’a pas encore été communiquée, malgré l’insistance des avocats de la défense. Le parquet indique qu’il est en train de la finaliser, afin d’éviter de présenter une version susceptible d’être révisée dans l’avenir.

AT/PHD/FH(ME_0425A)