23.04.2001 - TPIR/MEDIAS - LA RTLM AURAIT REFUSE D'OBTEMPERER AUX ORDRES D'UN MINISTRE

Arusha 23 avril 2001 (FH) - La Radio-télévision libre des Mille Collines (RTLM) a refusé D'obtempérer aux ordres du ministre de l'information avant le génocide anti-tutsi, a affirmé un témoin du parquet entendu lundi dans le procès des anciens responsables des "médias de la haine" en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Suspendu le 11 avril dernier, ce procès a repris lundi matin avec l'audition du dix-septième témoin de l'accusation.

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Ce témoin, François-Xavier Nsanzuwera, était procureur de la République près le Tribunal de première instance de Kigali entre 1990 et 1994 et a eu à traiter le dossier de la RTLM.

François-Xavier Nsanzuwera a indiqué avoir participé à une réunion sur les médias convoquée par le ministre de l'information Faustin Rucogoza en février 1994, à laquelle avait été également convié notamment Ferdinand Nahimana. La réunion "concernait les émissions de la RTLM que le ministre [de l'information] jugeait comme incitant à la haine ethnique et à la violence" et D'autres articles parus dans les journaux, selon le témoin.

Le témoin a affirmé que Ferdinand Nahimana "s'est présenté comme directeur de la RTLM" au cours de cette réunion. Le ministre Rucogoza a expliqué qu'il soutenait la liberté D'expression mais que face aux messages haineux diffusés par la RTLM et certains journaux, il ne pouvait rester indifférent, a rapporté le témoin.

François-Xavier Nsanzuwera a précisé qu'au cours de la réunion, "personne n'a accepté que son média a dérapé" mais on a conclu "qu'on allait suivre une certaine éthique". "La RTLM n'a pas cessé ses émissions incitant à la haine ethnique et à la violence. Le ton plutôt est monté. Comme si la réunion que nous avions faite n'avait pas de sens", a-t-il poursuivi.

François-Xavier Nsanzuwera a indiqué qu'à un certain moment il avait conseillé au ministre Rucogoza de fermer la RTLM, mais qu'il lui avait répondu : "si je me permets de fermer cette radio, ils vont nous massacrer". Faustin Rucogoza a été assassiné avec sa femme et ses enfants le 7 avril 1994, aux premières heures du génocide anti-tutsi et des massacres D'opposants.

Le témoin a signalé qu'il n'était pas aisé de poursuivre un journaliste de la RTLM en justice. "Ce n'était pas facile de convoquer un journaliste de la RTLM. Quand le nom de quelqu'un était cité à la radio, c'était comme une condamnation à mort."

François-Xavier Nsanzuwera a déclaré qu'il avait un jour convoqué deux animateurs de la RTLM, sur plainte de son supérieur hiérarchique, le procureur général Alphonse-Marie Nkubito, mais qu'il avait décidé de renoncer à les poursuivre quand ils lui avaient révélé qu'ils avaient agi sur ordre de Ferdinand Nahimana.

La RTLM avait accusé Alphonse-Marie Nkubito de faire partie D'un complot visant à assassiner l'ancien président Juvénal Habyarimana. "Si Nahimana Ferdinand est derrière, c'est tout l'akazu [entourage présidentiel] qui est derrière. Alors laissez tomber, on va nous faire assassiner", a conseillé Nkubito au témoin.

François-Xavier Nsanzuwera a ajouté que lorsqu'un des animateurs de la RTLM qu'il avait convoqué eut regagné la radio, il a déclaré sur les antennes: "Je suis de retour, le procureur m'a posé des questions qui ressemblent à des ragots de femmes".

Le témoin a indiqué que des miliciens qui gardaient les barrages sur les routes écoutaient la RTLM et que des individus ont été assassinés à ces endroits à l'instigation de cette radio. "Que ce soit avant avril 1994 ou après, être mentionné à la RTLM était une condamnation à mort", a réitéré en substance le témoin, ajoutant que "des gens essayaient de payer les journalistes de la RTLM pour ne pas être cités sur cette radio."

Le procès des médias concerne l'ancien promoteur de la RTLM, Ferdinand Nahimana, l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze, ainsi que l'ancien conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité D'initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza.

Jean-Bosco Barayagwiza boycotte ce procès depuis son ouverture sur le fond en octobre 2000, arguant que le TPIR n'est pas indépendant du gouvernement rwandais. La déposition de François-Xavier Nsanzuwera se poursuivait lundi en début D'après-midi.

AT/PHD/FH (ME_042A)