10.04.2001 - TPIR/MEDIA - LE MINISTRE DE l'INFORMATION AURAIT ETE TUE SUITE A UN CONFLIT AVEC LA RTL

Arusha 10 avril 2001 (FH) - Le ministre de l'information en fonction en 1994, Faustin Rucogoza, aurait été tué suite à un conflit qu'il avait avec la Radio-Télévision libre des Mille Collines (RTLM), a affirmé un témoin du parquet entendu mardi dans le procès des médias en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Désigné sous le pseudonyme "GO" pour protéger son anonymat, le seizième témoin de l'accusation, qui dépose depuis la semaine dernière, est un ancien fonctionnaire au ministère de l'information.

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Il avait été chargé par le ministre D'alors de suivre au jour le jour les émissions de la RTLM, et il a pris part aux différentes réunions entre le ministre et les dirigeants de la RTLM, convoquées pour rappeler cette station à l'ordre.

"Dans les émissions de la RTLM, le nom du ministre Rucogoza revenait très souvent, [..] surtout après la lettre qu'il leur avait adressée en les mettant en garde, et en leur indiquant que leurs émissions conduisaient le pays à l'abîme" a déclaré le témoin qui s'exprimait dans sa langue maternelle, le kinyarwanda. M. "GO" a indiqué qu'une semaine avant le déclenchement du génocide anti-tutsi et des massacres D'opposants," le ministre Rucogoza était en train de travailler sur le dossier de la RTLM pour le soumettre au conseil des ministres, afin qu'il se prononce sur ce problème, malheureusement le ministre devait être tué dans l'entre-temps".

Le témoin a indiqué que le ministre Rucogoza a été tué au cours des premières heures du génocide, "sûrement suite aux émissions de la RTLM qui le traitaient D'Inkotanyi [terme désignant les combattants du Front patriotique rwandais(FPR)]". M."GO" a ajouté que quatre autres agents du ministère de l'information, dont le directeur général Pie Nzeyimana, ont également été tués à cause du conflit entre ce ministère et la RTLM.

Le témoin a indiqué que selon les statuts la RTLM était une radio à but commercial, mais que "en fait elle avait été créée pour préparer le génocide et le faire exécuter", précisant qu'elle s'est écartée de ses objectifs officiels "étape par étape". Parlant des émissions diffusées pendant le génocide, le témoin a déclaré que "c'est très triste, le fait de m'en rappeler me fait de la peine. La cruauté qui était enseignée par la RTLM sous la direction de Nahimana est comparable à celle des Nazis contre les Juifs".

Ferdinand Nahimana, promoteur de la RTLM, est coaccusé avec l'ancien directeur des affaires politiques au ministère des affaires étrangères et membre du comité D'initiative de cette radio, Jean-Bosco Barayagwiza, et l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze.

Le témoin "GO" a indiqué que les émissions de la RTLM avaient des effets nocifs jusque dans l'arrière-pays, citant deux victimes en commune Gisuma, en préfecture de Cyangugu, (sud-ouest du Rwanda), lynchées par la population après que leurs noms aient été mentionnés sur la RTLM, a-t-il dit. Les nommés Zacharie Serubyogo et André Gasesero avaient été accusés par la RTLM de collaborer avec le FPR, selon M.GO.

Au troisième jour de l'interrogatoire principal, la défense se plaignait toujours de la provenance des différents documents attribués au ministère de l'information, dont les photocopies étaient reconnues par le témoin mais dont les originaux restaient introuvables. La chambre a ordonné au parquet de poursuivre ses enquêtes pour trouver les textes originaux.

Le procès des responsables des médias est entendu par la première chambre de première instance du TPIR, présidée par la juge sud-africaine Navanathem Pillay, et composée en outre des juges norvégien Erik Mose et sri-lankais Asoka de Zoysa Gunawardana. Le procès devrait se poursuivre mercredi matin avec la présentation des cassettes enregistrées par le témoin.

BN/AT/PHD/FH(ME_0410A)