22.02.2001 - TPIR/MEDIAS - LA DEFENSE DEMANDE l'ANNULATION D'UN TEMOIGNAGE A CHARGE

Arusha 22 février 2001 (FH) - Le septième témoin de l'accusation dans le procès des anciens responsables "des médias de la haine" a terminé sa déposition sur fond de requête en annulation de son témoignage, jeudi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

l'avocat américain Me John Floyd, conseil principal dans l'affaire de l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze, un des trois coaccusés, a demandé que le témoignage soit annulé dans sa totalité parce que le témoin donne "des réponses fantaisistes" ou "ne veut pas répondre à des questions".

2 min 52Temps de lecture approximatif

Le témoin avait auparavant opté pour garder le silence devant la cour, en déclarant: "J'en ai marre". Il est ensuite revenu sur sa décision après le déjeuner, mais Me Floyd a maintenu qu'il se jouait de lui.

"Si vous faites du théâtre, moi aussi J'en fais", a déclaré le témoin qui s'exprimait en français le jeudi, contrairement aux jours précédents, "pour gagner du temps", a-t-il dit.

Le témoin avait par ailleurs fait remarquer que, si l'avocat fait des "enquêtes à l'américaine", il va de son côté répondre à ses questions "à la rwandaise".

La présidente de la chambre, la juge sud-africaine Navanethem Pillay, a indiqué que les juges vont examiner la requête de Me Floyd et qu'une décision à ce sujet sera prise à un stade ultérieur.

Le procureur adjoint du TPIR, le Camerounais Bernard Muna, a fait état de ses inquiétudes, selon lesquelles compte tenu des incidents qui ont jalonné cette déposition, il risquait D'enregistrer des défections dans les rangs de ses futurs témoins.

La juge Pillay a souligné à l'intention du septième témoin du parquet qu'il revient aux juges D'apprécier la crédibilité des témoignages. La juge lui a ensuite expliqué que certains avocats utilisent un style qu'ils sont habitués à utiliser dans leur pays, compte du sérieux qu'ils observent pour mener la défense de leur client, ajoutant que "nous n'approuvons pas toujours ce style".

La présidente avait antérieurement souligné l'obligation du témoin à répondre aux questions posées par les parties, car s'il est appelé à la barre, c'est pour la manifestation de la vérité.

Le procès des médias concerne, outre Hassan Ngeze, l'ancien promoteur de la Radio-télévision libre des milles collines, Ferdinand Nahimana, et l'ancien conseiller au ministère des affaires étrangères et, membre du comité D'initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza.

Ancien journaliste à l'Office Rwandais D'information (ORINFOR), le septième témoin de l'accusation a principalement témoigné contre Ferdinand Nahimana. Le témoin a soutenu qu'il ne haïssait pas Ferdinand Nahimana.

"Comment voulez-vous que je déteste Nahimana, alors que l'erreur qu'il a commise à mon égard a été corrigée. Peut-être, quand je me souviens de cette injustice, quand ça me revient, je n'en suis pas content. Mais de là à le détester, c'est trop dire", a-t-il déclaré.

Le témoin faisait référence à une sanction administrative qui lui a été infligée lorsque Ferdinand Nahimana était directeur de l'ORINFOR entre 1991 et 1992.

Hassan Ngeze, qui avait fait une réapparition remarquée dans le prétoire depuis lundi, après un boycott de quelques jours, ne s'est pas présenté à l'audience jeudi.

Jean-Bosco Barayagwiza a de son côté décidé de ne pas comparaître pour la totalité des débats. Il est représenté par un avocat italien, Me Giacomo Barleta Caldarera, qu'il ne reconnaît pas. Le Tribunal vient de lui assigner également un co-conseil. Il s'agit de l'avocat béninois, Me Alfred Pognon. Ce dernier était le conseil principal dans le procès de l'évêque du diocèse catholique de Gikongoro (sud du Rwanda), Augustin Misago, acquitté des crimes de génocide par un tribunal de Kigali.

l'on apprend par ailleurs qu'un avocat burundais, Me Fabien Segatwa, a été commis D'office à la défense D'un ancien officier accusé devant le TPIR, le capitaine Innocent Sagahutu. Me Segatwa avait dans un premier été pressenti pour représenter l'ancien conseiller municipal en commune de Gishyita (préfecture de Kibuye, ouest du Rwanda ), Mika Muhimana mais c'est un confrère du Congo démocratique, Me Nyabirungu Mwene Songa, qui avait été retenu.

Le procès des médias reprend lundi prochain avec la comparution D'un nouveau témoin du parquet.

AT/PHD/FH (ME_0222B)