19.02.2001 - TPIR/MEDIAS - LA DEFENSE DE NAHIMANA EXIGE LA LISTE DEFINITIVE DES TEMOINS A CHARGE

Arusha 19 février 2001 (FH) - La défense de l'ancien directeur de la Radio-télévision libre des mille collines (RTLM), Ferdinand Nahimana, a exigé que le parquet communique la liste définitive des témoins qu'il entend appeler à la barre, lors D'une audience lundi soir devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

l'avocate anglaise Me Diana Ellis, co-conseil dans l'affaire Nahimana, s'est plainte de ce que le parquet change souvent l'ordre de présentation des témoins, ainsi que les faits sur lesquels il déposent, entraînant des difficultés pour la défense au niveau des contre-interrogatoires.

2 min 11Temps de lecture approximatif

Le procureur adjoint du TPIR, le Camerounais Bernard Muna, a répondu que "au fur et à mesure, eu égard à la pression que subissent certains témoins, nous nous rendons compte que nous ne pouvons appeler certains témoins à la barre".

Le parquet entendait originellement citer 97 témoins dans le procès des médias mais il apparaît de plus en plus clairement qu'il renoncera à plusieurs D'entre eux.

Le Tribunal a "exhorté" le procureur à informer la défense, "dès qu'il sera en mesure de le faire" de ses décisions au sujet des témoins, ajoutant qu'on devrait éviter des situations où l'on ait "des éléments de preuve qui surprennent la défense".

Les juges ont averti le parquet que s'il ne communique pas les déclarations des témoins à la défense, préalablement à leurs auditions, il courait notamment le risque de voir ces éléments de preuve supprimés.

Ce débat s'est engagé après l'interrogatoire principal du septième témoin du parquet, qui a, entre autres, accusé Ferdinand Nahimana D'avoir discriminé les Tutsis lorsqu'il était directeur de l'Office rwandais D'information (ORINFOR) entre 1991 et 1992.

Ancien journaliste à l'ORINFOR, le témoin dénommé "AGR" pour protéger son anonymat, a affirmé que lorsque l'accusé dirigeait cette institution étatique, il a principalement engagé des Hutus de sa région natale.

"Nahimana recrutait principalement des personnes qui étaient de sa région natale de Ruhengeri [nord-ouest du Rwanda]. Ce que je peux affirmer, pendant cette période, c'est que Nahimana n'a jamais recruté des Tutsis", a affirmé AGR.

Le témoin a également accusé Ferdinand Nahimana D'avoir renvoyé ou licencié trois employés de l'ORINFOR, au seul motif qu'ils étaient Tutsis, selon AGR.

M.AGR a par ailleurs rapporté que l'accusé aurait autorisé la diffusion sur Radio Rwanda (qui relevait de l'ORINFOR) D'une liste "fictive" de personnalités hutues "qui auraient dû être tuées, à l'instigation du Front patriotique rwandais" (FPR, ex-rébellion à dominante tutsie).

En réaction à la diffusion de cette liste, il y a eu des massacres de Tutsis au Bugesera (sud de Kigali) en mars 1992, a affirmé le témoin qui citait "des observateurs de la vie politique rwandaise de l'époque".

M.AGR a par ailleurs indiqué que Ferdinand Nahimana, en mai 1994, a fait partie D'une délégation du gouvernement intérimaire qui s'est rendu à l'étranger pour expliquer sa politique et demander l'assistance de la communauté internationale.

Ferdinand Nahimana est coaccusé avec l'ancien conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité D'initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza et l'ancien directeur et rédacteur-en-chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze.

Le témoin n'a pas porté D'accusations particulières contre les deux coaccusés de Ferdinand Nahimana. AGR sera contre-interrogé mardi par les avocats de la défense.

AT/PHD/FH (ME_0219B)