06.12.2000 - TPIR/SEMANZA - l'ACCUSE AURAIT DEMANDE DES RENFORTS MILITAIRES POUR TUER DES TUTSIS

Arusha 6 décembre 2000 (FH) - l'ancien maire de Bicumbi (préfecture de Kigali rurale, centre-est du Rwanda), Laurent Semanza, aurait demandé des renforts militaires pour tuer des Tutsis réfugiés dans une école, a affirmé un témoin entendu mercredi par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Désigné par les lettres "VF" pour protéger son identité, le huitième témoin à charge a indiqué que l'accusé serait intervenu à la radio nationale le 10 avril 1994 pour réclamer des renforts des soldats de la garde présidentielle en vue D'attaquer des réfugiés qui se trouvaient à Ruhanga en commune Gikoro.

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Accusé de génocide et crimes contre l'humanité, Laurent Semanza est poursuivi pour des massacres de Tutsis dans les communes de Bicumbi et Gikoro, spécialement dans les paroisses de Musha et Ruhanga. l'ancien maire de Bicumbi répond également de viols de femmes tutsies.

Selon le témoin VF, une femme tutsie rescapée des massacres de Ruhanga, l'accusé aurait déclaré à la radio "qu’il avait terminé son travail à Bicumbi, qu’il ne restait que quelques déchets à éliminer, mais qu’il y avait une résistance à Ruhanga", nécessitant une intervention militaire.

Le témoin a affirmé que les réfugiés de Ruhanga ont été attaqués par des soldats de la garde présidentielle emmenés par l'accusé avec l'appui des miliciens locaux. Il y avait entre quinze et vingt mille réfugiés à Ruhanga avant l'attaque, a dit le témoin.

Les miliciens auraient D'abord aspergé les réfugiés d’essence, puis les auraient "coupé" avec des machettes ou battu avec des massues avant de les brûler, selon la déposition du témoin.

Mme VF a affirmé que presque tous les réfugiés de Ruhanga ont été tués, mais qu’elle avait pu s'échapper. Elle a indiqué avoir été blessée à la jambe, à l’avant-bras et à l’épaule.

l'avocat americano-camerounais de Laurent Semanza, Me Charles Taku, a contesté le fait que son client ait pu réquisitionner des militaires à la radio, qualifiant cela D'impossible. Le témoin a répondu que Laurent Semanza était "une autorité". "Il venait D'être élu pour devenir député", a expliqué VF.

Le Tribunal a entamé mercredi soir l'audition du neuvième témoin de l'accusation. Sa déposition devrait se poursuivre jeudi matin.

Laurent Semanza comparaît devant la troisième chambre de première instance du TPIR présidée dans cette affaire par le juge russe Yakov Ostrovsky et comprenant en outre les juges jamaïcain, George Williams, et slovène, Pavel Dolenc.

GA/AT/PHD/FH (SE%1206A)