21.11.2000 - TPIR/CYANGUGU - UN TEMOIN INSISTE SUR LE ROLE QU'AURAIT JOUE DEUX DES COACCUSES

Arusha 21 novembre 2000 (FH) - Le onzième témoin de l'accusation dans le procès de trois anciens responsables rwandais poursuivis pour les crimes commis en préfecture de Cyangugu (sud-ouest du Rwanda) a terminé sa déposition mardi en insistant sur le rôle important qu'auraient joué deux des coaccusés.

Commencée le 2 novembre dernier, la déposition de LAM avait été interrompue après l'interrogatoire principal, la chambre ayant programmé le procès de l'ancien maire de Bicumbi (préfecture de Kigali rurale, centre-est du Rwanda), Laurent Semanza, qui alterne avec celui du groupe Cyangugu.

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Le procès du groupe Cyangugu comprend l'ancien ministre des transports sous le gouvernement intérimaire, André Ntagerura, l'ex-préfet de Cyangugu, Emmanuel Bagambiki, et l'ancien commandant de la garnison militaire de la place, le lieutenant Samuel Imanishimwe.

M.LAM a accusé l'ancien préfet Bagambiki et le lieutenant Imanishimwe D'avoir distribué des armes qui ont servi à attaquer les Tutsis réfugiés à la paroisse de Nyamasheke, en commune Kagano.

“Lors de l’attaque du 15 avril sur la paroisse, nous avons tué des milliers de Tutsis réfugies à cet endroit”, a indiqué le témoin. “Nous avons brûlé les corps après les avoir aspergés d’essence”, a-t-il poursuivi. En brûlant les corps, les assaillants voulaient s'assurer de ne laisser aucun survivant parmi les cadavres, selon l'expression de LAM.

Entre six et sept mille Tutsis avaient pris refuge à la paroisse de Nyamasheke en avril 1994, selon le témoin. Seuls trois cents D'entre eux auraient survécu.

Le témoin LAM a affirmé que les assaillants ont pris avec eux quelques jeunes filles tutsies rescapées, tandis que celles qui ont refusé de les suivre ont été "sauvagement assassinées et jetées dans des latrines". Le témoin a également évoqué des actes de pillage perpétrés par des miliciens Interahamwe à la paroisse.

Les miliciens étaient dirigés par Yussuf Mussuf, a déclaré LAM. Ce chef milicien, Yussuf Munyakazi, est toujours recherché par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Les autorités locales avaient affirmé que les Tutsis étaient responsables de la mort du président Juvénal Habyarimana, a précisé le témoin LAM.

L’ancien commandant Samuel Imanishimwe et l’ancien préfet Emmanuel Bagambiki ont ordonné la chasse aux “Inyenzi”(cancrelats) après la mort du président Habyarimana le 6 avril 1994, a indiqué LAM. Le terme "Inyenzi" faisait référence aux membres du Front patriotique rwandais (FPR), qui avait attaqué le Rwanda depuis octobre 1990, mais il s'est dans la suite étendu à tout Rwandais D'ethnie tutsie, selon des experts.

Le témoin LAM a déclaré avoir lui-même participé aux massacres de Nyamasheke avec des miliciens Interahamwe. Le témoin a affirmé que l’attaque a été déclenchée mi-avril 1994 sur ordre d’Imanishimwe et de Bagambiki.

La campagne des attaques contre les Tutsis était menée par deux partis politiques extrémistes, exclusivement hutus, le Mouvement démocratique républicain (MDR-Power) et la Coalition pour la défense de la république (CDR), selon LAM. Le témoin a indiqué qu'il était membre de la CDR.

Les autorités avaient ordonné que les assaillants envahissent la paroisse de Nyamasheke parce qu'elles prétendaient que les Tutsis qui s'y étaient réfugiés constituaient un danger pour la préfecture, a signalé LAM.

Le onzième témoin de l'accusation a indiqué que les autorités lui avaient présenté les Tutsis comme "des personnes de grande taille, qui n'étaient pas fortes et qui étaient arrogantes".

l'avocat camerounais, Me Georges So'o, co-conseil dans l'affaire Imanishimwe, a plusieurs fois affirmé que le témoin mentait.

Le groupe Cyangugu comparaît devant la troisième chambre de première instance présidée par le juge jamaïcain, George Williams, et comprenant en outre les juges russe, Yakov Ostrovsky, et slovène , Pavel Dolenc.

AT/GA/PHD/FH (CY%1121A)