23.10.2000 - TPIR/CYANGUGU - UN TEMOIN INDIQUE QUE LE CHEF MILITAIRE DE CYANGUGU A TUE UN SOLDAT POU

Arusha, le 23 octobre 2000 (FH) - Le procès des 3 personnes accusées de génocide pour les crimes perpétrés dans la région de Cyangugu, au sud-ouest du Rwanda, a repris lundi par l'audition D'un sixième témoin de l'accusation.

Le témoin LAJ, militaire retraité, a indiqué qu'il avait été appelé par les autorités de Cyangugu afin D'aider à la protection de la population, après la destruction en vol de l'avion du Président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994.

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Il a indiqué qu'il avait vu l'un des accusés, le chef militaire de la région de Cyangugu, Samuel Imanishimwe, abattre lui même un officier à titre D'exemple, afin de montrer comment les "complices", qu'ils soient Hutus ou Tutsis, devaient être traités.

Par "complices", on désignait, de manière générale, les sympathisants du Front Patriotique Rwandais (FPR), mouvement mené par des Tutsis et qui, à partir de 1990, a lancé, depuis l'Ouganda, des attaques contre le Rwanda.

Le témoin a indiqué à la Cour que les autorités de Cyangugu avaient appelé tous les hommes de plus de 15 ans à lever des barrages routiers et à effectuer des patrouilles de nuit, afin D'assurer la sécurité après le 7 avril. Il n'y a tout D'abord pas eu de violence a-t-il dit. Le 10 avril, il a reçu un message lui indiquant qu'il devait se rendre auprès du chef de la milice régionale, Yussuf Munyakazi. Imanishimwe, Chef des casernes de Cyangugu, était également venu rencontrer Munyakazi au même moment que le témoin.

Le témoin LAJ a rapporté qu’après s’être entretenus, Munyakazi et Imanishimwe ont conduit le témoin sur le lieu de détention d’un soldat décrit comme "complice". Le soldat a été entièrement déshabillé et a même du enlever ses bottes. "Il (Imanishimwe) lui a dit D'être attentif", a indiqué LAJ à la Cour, "puis il lui a tiré trois balles dans la tête".

Imanishimwe est poursuivi conjointement avec l'ancien préfet de Cyangugu, Emmanuel Bagambiki, et l'ancien Ministre des Transports, André Ntagerura. Les trois prévenus sont accusés de génocide et crimes contre l'humanité.

Le parquet indique que plus de 100'000 Tutsis ont été massacrés dans la Préfecture de Cyangugu en l'espace de 23 jours. Ntagerura, Bagambiki et Imanishimwe sont accusés D'avoir planifié, incité, ordonné et facilité ces massacres. Tous trois plaident non coupables.

Le procès a commencé le 18 Septembre de cette année. Les témoins de l'accusation ont décrit les massacres de Tutsis comme ayant été exécutés en différents endroits de Cyangugu, particulièrement sur le terrain de football de Gashirabwoba et à l'église de Mibilizi.

En début d’audience, l'avocat belge de Bagambiki, Vincent Lurquin, a demandé aux juges de réassigner son assistant. l'accusation avait préalablement demandé à la Cour de récuser l'assistant, en raison du fait que celui-ci avait travaillé comme stagiaire au Bureau du Procureur du TPIR. La Cour avait rejeté la demande du Parquet mais avait indiqué qu'il appartenait au Greffier du Tribunal de traiter les assignations de défenseurs. l'assistant avait ensuite été démis par le Greffier. Les juges ont indiqué qu'ils se pencheraient sur la question et qu'ils rendraient leur décision plus tard.

Le défenseur canadien de André Ntagerura, Me Henry Benoît, a également demandé à la Cour D'intervenir auprès du Greffier pour qu'un co-défenseur lui soit assigné. Le précédent défenseur principal, Me Fakhy Konate, de Côte D'Ivoire, ayant annoncé à la reprise du procès qu'il se retirait à la demande de son client.

Ce procès a lieu auprès de la 3ème Cour du TPIR composée des juges Lloyd Williams de Jamaïque (Président), Yakov Ostrovsky de Russie et Pavel Dolenc de Slovénie.

SW/JC/MBR/KAT/FH (CY%1023a)