23.10.2000 - TPIR/MEDIAS - LE PROCUREUR COMPARE LES COACCUSES A HIMMLER

Arusha 23 octobre 2000 (FH) - Le procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a comparé les trois anciens responsables des médias de la haine à l'Allemand Heinrich Himmler, lundi, lors de sa déclaration liminaire.

Le procureur adjoint du TPIR, le Camerounais Bernard Muna, a indiqué que l'ancien directeur de la Radio-télévision libre des mille collines (RTLM), Ferdinand Nahimana, l'ex rédacteur en chef du journal extrémiste Kangura, Hassan Ngeze, et l'ancien directeur des affaires politiques au ministère des affaires étrangères et membre du comité D'initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza, ont oeuvré de concert pour inciter le public à commettre le génocide des Tutsis.

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"Ils ont joué un rôle semblable à celui de Himmler à l'endroit des Juifs. Ce sont eux, ou c'est vous. Vous étant des Hutus", a expliqué Bernard Muna, en reprenant les propos qu'auraient tenus les coaccusés.

Himmler était responsable des services spéciaux en Allemagne nazie tandis que les trois anciens responsables des médias rwandais de la haine devraient être jugés pour "leur rôle comme extrémistes hutus" selon le procureur adjoint du TPIR.

"Le fait que ces gens n'ont pas touché du sang de leurs mains n'a pas D'importance", a soutenu Bernard Muna, indiquant qu'à aucun moment, les coaccusés ne se sont opposés à la politique de la suprématie hutue et du génocide.

"Ferdinand Nahimana est un homme qui travaille très dur. Ce qui est dommage, c'est qu'il n'a pas utilisé son énergie à des fins positives", a dit Bernard Muna. Universitaire, Ferdinand Nahimana a D'abord été directeur de l'Office rwandais D'information (ORINFOR), qui gérait les médias D'Etat, avant D'être nommé à la RTLM. Ferdinand Nahimana a été démis de ses fonctions de directeur de l'ORINFOR après que la radio D'Etat ait diffusé des émissions qui avaient incité aux massacres de Tutsis au Bugesera (sud de Kigali), selon le procureur.

Le parquet a présenté Barayagwiza comme un "maître de la manipulation" qui a prôné la politique de l'extrémisme hutu au Rwanda et à l'étranger.

S'agissant de Hassan Ngeze, le parquet a indiqué que bien qu'étant "relativement moins éduqué" que ses coaccusés, "son manque D'éducation ne l'a pas empêché de devenir un leader politique D'influence". Quand le génocide a commencé, Hassan Ngeze avait " un stylo dans une main, une épée dans l'autre et le micro dans sa bouche", a souligné le procureur.

Le procureur a affirmé que la RTLM et Kangura ont été créés dans l'objectif de disséminer les messages de haine et D'inciter au génocide. Bernard Muna a cité en exemple "les dix commandements des Hutus" publiés par le journal Kangura, selon lesquels "tout homme hutu qui marie une femme tutsie ou en fait sa secrétaire est considéré comme un traître".

Le procès a commencé en l'absence de Barayagwiza et de Ngeze. Barayagwiza indique qu'il refuse " de cautionner une parodie de justice". Ngeze, pour sa part, réclame la traduction intégrale en français et anglais de 71 exemplaires du journal Kangura.

AT/MBR/FH (ME%1023B)