18.05.2000 - TPIR/KABILIGI - GRATIEN KABILIGI RECLAME UNE ENQUETE SUR LA MORT DU PRESIDENT HABYARIMA

Arusha 18 mai 2000 (FH) - Le général de brigade, Gratien Kabiligi, a réclamé une enquête sur la mort de l'ex-président rwandais Juvénal Habyarimana, jeudi, devant le Tribunal international pour le Rwanda (TPIR).

l'avocat togolais du général Kabiligi, Me Jean Yaovi Degli, a expliqué qu'une telle enquête est "très importante, parce qu'elle est la seule à déterminer clairement les responsabilités" dans le génocide rwandais.

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Me Degli a fait valoir que les experts et l'ONU "s'accordent à reconnaître que l'élément fondamentalement déclencheur du génocide rwandais [...], c'est l'attentat du 6 avril" 1994 qui a coûté la vie aux anciens présidents rwandais, Juvénal Habyarimana, et burundais, Cyprien Ntaryamira.

l'avocat togolais a soutenu que, faute D'enquête, "le flou couvre le dossier que vous êtes en train de juger". Partant du fait que son client est accusé de planification du génocide, Me Degli a affirmé que "tout est lié à cet attentat". "On ne peut accuser les gens de planification du génocide et refuser de procéder à des enquêtes claires et précises sur ce qui constitue le point de départ de ce génocide," a plaidé Me Degli.

"Depuis longtemps un silence de mort, un silence assourdissant de cimetière se fait ouïr sur cet attentat aussi bien au niveau du Tribunal pénal international pour le Rwanda qu'au niveau de la communauté internationale et, pendant ce temps, des gens sont accusés, arrêtés, incarcérés, traînés devant votre juridiction pour planification de génocide, dont le point de départ est l'attentat", a ajouté Me Degli.

Un mémorandum rédigé en 1997 par un enquêteur australien, Michael Hourigan, gardé sous scellé au TPIR, met en cause l'actuel président du Rwanda, le général major Paul Kagame et un gouvernement étranger, dans l'organisation de l'attentat contre le président Habyarimana.

l'existence de ce document a été révélée par un journal canadien, le National Post, au mois de mars dernier. Jusque là, il avait été communément admis que c'étaient les "extrémistes hutus", de l'ancien gouvernement rwandais, hostiles au partage du pouvoir avec le Front patriotique rwandais (FPR) du général Kagame, qui étaient à l'origine de l'attentat du 6 avril 1994.

Me Degli a indiqué que les récentes informations sur l'attentat "sont édifiantes pour nous". Outre le mémorandum de l'enquêteur australien, l'avocat togolais s'est appuyé sur une interview de la responsable du parquet, la Suissesse Carla del Ponte publiée le 17 avril dernier, dans la presse danoise. Carla del Ponte y affirmait que s'il s'avérait que "c'est le FPR qui a abattu l'avion [du président Habyarimana], il faut réécrire l'histoire du génocide".

Le substitut nigérian du procureur, Chile Eboe-Osuji, a indiqué que "devant des crimes tels que le génocide, des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre, l'auteur de l'attentat contre l'avion serait tout au plus D'un intérêt marginal ou collatéral dans l'affaire Kabiligi".

Le représentant du parquet a suggéré à la défense de faire sa propre enquête sur l'attentat contre l'avion du président Habyarimana ou D'attendre les résultats des investigations commencées par le juge anti-terroriste français, Jean-Louis Bruguière.

Saisi D'une plainte des familles des trois membres français de l'équipage de l'avion de Habyarimana qui ont péri dans le crash, la justice française a ouvert, le 27 mars 1998, une information judiciaire à ce sujet.

Le juge Bruguière a été autorisé à s'entretenir avec sept détenus du TPIR dans le cadre de cette enquête. Parmi les détenus que le juge Brugière souhaite rencontrer se trouvent l'ancien directeur et rédacteur-en-chef du journal extrémiste Kangura, Hassan Ngeze, l'ex-directeur de cabinet au ministère de la défense, le colonel Théoneste Bagosora, l'ancien chef D'Etat-major de la gendarmerie, le général major Augustin Ndindiliyimana, l'ancien commandant du bataillon para-comando de Kigali, le major Aloys Ntabakuze et l'ancien ministre de la santé, Casimir Bizimungu. La plainte des familles françaises a été déposée le 31 août 1997.

AT/PHD/FH (KB%0518A. )